"66 ans d'indépendance à l’ère de Romuald Wadagni : le Bénin et l'ambition de son siècle, gouverner pour rassembler, réconcilier pour accomplir", tel est l'intitulé de cette chronique. 

L'indépendance réinventée c’est l'aurore d'une nouvelle destinée. Et quand elle devient une promesse à tenir, le temps de compter dans le monde devient l’exigence d’un cri sonore. Pour Frantz Fanon, « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir. ». 66 années se sont écoulées depuis que le Dahomey d'hier, devenu le Bénin d'aujourd'hui, fit son entrée dans le concert des Nations souveraines.

66 années d'espérances, de ruptures, de combats, de résilience, de victoires silencieuses et parfois, de désillusions.

66 années au cours desquelles, notre pays aura connu les enthousiasmes des commencements, les turbulences des transitions, les secousses et convulsions idéologiques, les exigences de la démocratie et les impératifs du développement. 

POUR NOUS BÉNINOIS, LE 1ER AOÛT...

Mieux, le Bénin a consolidé son administration, modernisé ses infrastructures et reconquis une visibilité internationale qui force aujourd'hui le respect. Malgré les vents contraires de l'histoire, il n'a jamais cessé d'avancer. Il est plutôt porté par cette conviction intime qu'aucun destin national n'est condamné, tant qu'un peuple demeure fidèle à son idéal.

Pour nous Béninois, le 1er août n'est jamais une simple date du calendrier. C'est un miroir. Un miroir tendu à une République qui contemple son visage, interroge ses cicatrices, mesure ses conquêtes et s'interroge sur ce qu'elle veut encore devenir. 

Comme le rappelait Cheikh Anta Diop : « Les peuples qui perdent la mémoire de leur histoire deviennent les otages de l'histoire des autres.». Se souvenir, c'est apprendre à marcher plus loin. Et justement, l'élection du président Wadagni, ouvre un nouveau cycle à cette perspective, au regard des premiers gestes posés par sa gouvernance et qui renvoient à l'imaginaire national : un pouvoir qui rassemble davantage, qui transforme davantage, et qui prépare l'avenir.

Seulement voilà ! Il demeure une vérité immuable qui suggère, qu’il n'existe pas de développement durable sur les ruines de la méfiance. Ni qu’il n'existe de prospérité partagée, lorsque les mémoires demeurent prisonnières des blessures du passé, sans jamais trouver le courage de les transcender. 

A cet égard, devrions-nous rappeler que la véritable indépendance ne réside pas uniquement dans le droit de hisser un drapeau ou de siéger dans les organisations internationales? 

Elle s'accomplit lorsque chaque citoyen peut croire que son avenir est possible sur la terre de ses ancêtres. Voilà pourquoi cette célébration de 2026 possède une résonance particulière : celle d’inaugurer un nouveau chapitre de notre histoire républicaine. 

Non ! Le pardon n'est jamais une faiblesse. Il est l'intelligence des grandes Nations. C'est pourquoi l'heure est venue de comprendre que le plus grand investissement que puisse réaliser une République en plus des ponts, des ports, des autoroutes, c’est la réconciliation. 

Loin d’être l'oubli, elle est la décision souveraine de préférer l'avenir aux rancœurs. Sans elle, les infrastructures vieillissent. Avec elle, même les montagnes deviennent franchissables.

Les grandes Nations ne se construisent jamais dans la victoire d'un camp sur un autre. Elles se construisent lorsque tous acceptent que l'intérêt supérieur de la patrie dépasse les intérêts particuliers. 

Aimé Césaire écrivait avec une force prophétique : « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.». Notre principe fondateur doit demeurer celui de l'unité nationale. Notre boussole doit rester l'intérêt général.

Une démocratie grandit lorsqu'elle sait conjuguer la fermeté de l'État avec la grandeur du pardon. La République ne s'affaiblit jamais lorsqu'elle tend la main. Elle s'élève, en même temps qu’elle élève l’apôtre de la Paix. 

Avec Romuald Wadagni, la fumée blanche semble envahir le firmament. La République donne la sensation forte de renouer avec cette intuition profonde selon laquelle, aucune démocratie ne peut durablement prospérer, lorsque la confiance entre les citoyens demeure fracturée. 

Une Nation mature refuse simplement que le passé confisque l'avenir. 

C’est vrai. Le pardon n'efface pas les blessures. Mais tout de même, il empêche qu'elles deviennent une frontière. Il ne s'agit pas d'organiser l'amnésie collective, mais de restaurer cette fraternité civique, sans laquelle, aucune croissance durable ne peut s'enraciner. 

Amadou Hampâté Bâ nous rappelait qu' : « Un homme sans culture est un zèbre sans rayures.». Il aurait pu ajouter qu'une Nation qui oublie la vertu du dialogue, finit toujours par s'appauvrir de l'intérieur. Le dialogue est une richesse. La confiance est un capital. La réconciliation est un investissement. 

Voilà pourquoi le chantier de l'unité nationale constitue peut-être, la plus importante des infrastructures invisibles qu'un État puisse bâtir. Car les ponts relient les rives. La réconciliation relie les consciences. 

Il appartient désormais à notre pays de ne manquer ni d'unité ni de vision et surtout, de faire battre, dans une même espérance, le cœur de tous ses enfants. Et peut-être qu'un jour, lorsqu'un historien ouvrira le grand livre du XXIᵉ siècle africain, il écrira que le Bénin comprit, avant beaucoup d'autres, qu'une Nation ne devient véritablement puissante, lorsqu'elle réussit cet exploit infiniment plus difficile 

... N'EST JAMAIS UNE SIMPLE DATE DU CALENDRIER

Samedi 1er août 2026, à l'heure où les couleurs nationales flotteront de nouveau à la place de l’Amazone et sur nos espaces publics, souvenons-nous que les drapeaux ne vivent pas du vent. Ils vivent de la volonté des peuples. 

Au fond, les héros du 1er août 1960 ne nous ont pas légués seulement un territoire. Ils nous ont confiés une responsabilité. Ils nous ont remis une flamme. 

À nous désormais de faire en sorte qu'elle éclaire davantage, plutôt qu'elle ne brûle. À nous de bâtir un État qui protège sans exclure, qui gouverne sans humilier, qui réforme sans fracturer et qui réconcilie sans renoncer à la justice. 

À l'aube de ce 66 ème anniversaire de notre indépendance, qu’il plaise au ciel de nous aider à dépasser nos clivages qui fatiguent la République.

YES WE CAN 

Guérissons les blessures qui affaiblissent notre cohésion.

Sans aucune prétention, le chroniqueur lance ce vibrant appel à tous ! Sœurs et frères de la patrie Bénin, voyons tous sans indulgence l’état de notre conscience pour nous donner à nouveau la main. 

Je retiens ceci de Paulo Coetho : « Il est malheureux que les gens ne voient que les différences qui les séparent. S’ils recherchaient avec plus d’amour, ils discerneraient surtout ce qu’il y a de commun entre eux, et la moitié des problèmes du monde seraient résolus. ».

Yes we can ! Nous le pouvons. Car si nous le décidons, nous serons capables de grandeur d’âme et d’élévation d’esprit pour nous pardonner réciproquement. Et si par extraordinaire nous échouons, Martin Luther KING, l’apôtre de la non-violence pourra dire : « Nous avons appris à voler dans les airs comme des oiseaux, à nager dans les océans comme des poissons. Mais nous n’avons jamais appris à marcher sur terre comme des frères.».

C’est pourquoi au nom de la PAIX, je plaide …!

Ce sera là, la plus belle manière d'honorer les héros de l'indépendance et de leur rendre le plus bel hommage : faire de notre indépendance non plus seulement un souvenir glorieux, mais une promesse tenue. 

Alors, en ce 1er août 2026, que s'élève des rives de la Pendjari jusqu'aux vagues de l'Atlantique, des collines de Dassa jusqu'aux palais d'Abomey et de toutes les contrées les plus reculées de notre Bénin des profondeurs, une même profession de foi républicaine. 

Ensemble, nous serons plus forts pour accomplir la destinée du Bénin !

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L'Afrique en marche du 30 juillet 2026 No 1237