Lisez désormais tous les mercredis la rubrique "Horizon Chine" par Tseu YI correspondant en Chine.

Le développement de centres de données locaux africains est cofinancé par la Chine. Objectif,  garantir la sécurité des données et l'indépendance numérique.

Le développement d’infrastructures cloud et de centres de données (data centers) locaux est devenu un enjeu géopolitique et économique majeur pour la souveraineté des données et l'indépendance numérique en Afrique. 

Face à la domination historique des géants technologiques occidentaux, les partenariats stratégiques sino-africains redéfinissent l'architecture numérique du continent.

RÔLE DE 1ER PLAN 

Pour l'essor des infrastructures numériques cofinancées par la Chine, le géant asiatique joue un rôle de premier plan dans le déploiement des infrastructures numériques africaines à travers l'initiative de la "Route de la soie numérique". 

Plusieurs exemples concrets témoignent de cette dynamique. On peut citer le cas du Sénégal. Ce pays s’est doté du centre de Diamniadio en 2021, une infrastructure de pointe financée à hauteur de 18,2 millions de dollars par l'EximBank de Chine. 

Ce centre est au cœur de la stratégie nationale visant à rapatrier l'ensemble des données gouvernementales et à bâtir un cloud national.

Le Cameroun n'est pas en marge. L’infrastructure moderne de Zamengoé, construite par Camtel, est activement présentée par les autorités camerounaises comme le pilier central de l'hébergement et de la sécurisation des données publiques de l'État.

INTÉRÊTS POUR L'AFRIQUE 

Pour les gouvernements africains, s'associer aux financements et aux technologies des entreprises chinoises (comme Huawei ou ZTE) offre des avantages immédiats.

D'ABORD, par rapport à la souveraineté des données, il faut noter  l'hébergement local des données administratives, financières et de santé permet d'échapper à l'extralocalité juridique des serveurs basés à l'étranger.

ENSUITE, on peut souligner l'indépendance numérique. En créant des clouds nationaux, les États réduisent leur dépendance vis-à-vis des solutions monopolistiques.

EN OUTRE, la modernisation rapide  est à mettre en exergue. L'accès aux financements chinois et aux technologies open source permet au continent de surmonter son déficit infrastructurel, alors qu'il représente encore moins de 1 % de la capacité mondiale de stockage.

QUESTION DE DÉPENDANCE 

Le revers de la médaille pour les Africains, c'est un dilemme de dépendance

Si ces centres de données garantissent une indépendance vis-à-vis de l'Occident, les analystes de plateformes comme "The Conversation" soulignent que cette situation expose les États africains à de nouveaux risques.

D'ABORD, la dépendance à long terme est une évidence. En effet,  l'utilisation exclusive d'équipements, de protocoles et de financements chinois peut enfermer les infrastructures locales dans un écosystème fermé.

ENSUITE, parlant de  cybersécurité, confier l'architecture fondamentale du cloud d'un État à un tiers soulève d'importantes questions sur l'accès résiduel ou le contrôle des flux d'informations.

Pour concilier souveraineté réelle et développement technologique rapide, de nombreux experts préconisent désormais une diversification des partenaires (publics et privés), le renforcement des cadres réglementaires régionaux à l'instar du Data Policy Framework de l'Union africaine. 

L'Afrique en marche du 14 octobre 2026 No 1271