Le désengagement des banques françaises en Afrique s'est considérablement accéléré au cours de la décennie. N'est-ce pas une rupture historique avec un marché autrefois jugé stratégique? Lisez le dossier Eco du mardi.
La Société Générale vient de quitter le Ghana il y a quelques jours. Cette dernière a été rachetée par une banque marocaine.
Pour des géants comme la Société Générale, le marché africain ne représentait plus qu'une contribution marginale, pesant moins de 8,5 % de ses revenus globaux (et seulement 7 % de son produit net bancaire, soit 1,8 milliard d'euros).
ÉTABLISSEMENTS BANCAIRES EN QUESTION
Ce constat est encore plus frappant pour BNP Paribas, dont les activités africaines ne constituaient plus que 1 % de son chiffre d'affaires mondial avant son retrait quasi-total amorcé dès 2015.
Face aux exigences réglementaires européennes accrues (notamment les ratios prudentiels de Bâle 3 et Bâle 4) qui impose une couverture des risques beaucoup plus lourde en fonds propres, les banques françaises ont préféré céder massivement leurs actifs pour optimiser leur rentabilité.
Ce retrait massif a pris la forme d'une vague de cessions de filiales historiques majeures à travers tout le continent.
Par exemple, la Société Générale s'est désengagée ou a finalisé la vente de ses parts majoritaires dans de nombreux pays clés.
Ainsi, il y a quelques jours, elle a cédé notamment ses 60,22 % de parts au Ghana, ainsi que la totalité de ses actifs au Bénin, au Togo, au Tchad, au Congo, en Guinée et au Burkina Faso.
Au Sénégal, l'État s'est positionné pour racheter la filiale locale, qui représente la 2e banque du pays avec un total de 1 391 milliards de FCFA d'actifs et 10,8 % de parts de marché.
De son côté, le Crédit Agricole a finalisé son retrait de l'Afrique du Nord en vendant sa première tranche de 63,7 % dans le Crédit du Maroc fin 2022, avant de solder les 15 % restants.
Quant au groupe BPCE, il avait déjà cédé la totalité de ses participations au Cameroun, à Madagascar, en Tunisie et en République démocratique du Congo.
ÉMERGENCE DE GROUPES AFRICAINS
Cette désertion bancaire laisse la place à de grands groupes panafricains et marocains qui récupèrent ces parts de marché de manière significative.
Les trois géants bancaires marocains illustrent parfaitement ce basculement. Il s'agit de Bank of Africa qui est désormais présente dans 20 pays africains. La BCP dans 18 pays, et Attijariwafa bank dans plus de 15 marchés.
Cette dernière a récemment racheté le contrôle de la Société Générale Ghana. Parallèlement, des groupes émergents comme Vista Bank (qui vise une expansion dans 25 pays d'ici 2026) et Coris Bank multiplient les acquisitions de filiales françaises.

Ce dynamisme local s'explique par un potentiel de croissance gigantesque. En Afrique francophone, le taux de bancarisation officiel ne tourne qu'autour de 15 %, laissant près de 450 millions de personnes non bancarisées, un réservoir de dépôts et de financements exclusifs désormais capté par les champions africains.
Ilboursa.com.
Ce départ s'explique par un changement de l'environnement économique africain. Il urge de signaler que ces banques ne se retirent pas complètement.
Ce retrait, impulsé par des considérations de rentabilité, de risques accrus et d'évolution réglementaire, crée des opportunités majeures pour les acteurs locaux.
L'Afrique en marche du 13 octobre 2026 No 1270

