La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
La question de la « Françafrique » sous l’ère Macron ne se prête pas à un simple « oui » ou « non », car elle se joue dans les nuances d'une mue diplomatique inachevée. Peut-on faire une analyse structurée pour éclairer ce basculement ?
Emmanuel Macron durant neuf ans, donc à un an de la fin de son mandat, a multiplié les actes forts pour signaler la fin d'une époque. On peut parler d'une rupture de forme et de symbole.
On peut évoquer le discours de Ouagadougou (2017) où il a affirmé qu'il n'y a plus de « politique africaine de la France » mais des partenariats avec un continent.
On retiendra la restitution des œuvres d'art. Dans ce cadre, on peut évoquer le retour de trésors royaux au Bénin et au Sénégal, ce qui brise un tabou historique.
La tentative de réforme du Franc CFA est également à signaler. En effet, la transformation de la monnaie en "Eco" (en cours) et fin de l'obligation de dépôt des réserves de change à Paris, a été aussi l'un de ses marqueurs.
Il y a également la mémoire réconciliée avec les commissions d'historiens sur le rôle de la France au Rwanda et au Cameroun.
MACRON ET LA RÉALITÉ DU TERRAIN
Malgré les discours, les structures de pouvoir et les réflexes sécuritaires demeurent.
On a par exemple l'enlisement militaire avec l'échec de l'opération "Barkhane" et le départ forcé du Mali, du Burkina Faso et du Niger perçus comme une persistance de la posture de "gendarme de l'Afrique".
Outre ce constat, il faut déplorer le "deux poids, deux mesures". En effet, durant neuf ans, le soutien à certains régimes autoritaires (comme au Tchad lors de la succession Deby) ou le silence de Macron quand certains présidents africains font un 3 ème et un 4 ème mandat comme Alassane Ouattara de Côte d'Ivoire qui contredisent les idéaux démocratiques prônés.
Il y a la perte d'influence, car la déconstruction n'est pas toujours voulue ; elle est parfois subie face à la montée de nouveaux acteurs (Russie, Chine, Turquie) qui exploitent le sentiment anti-français.
La Françafrique n'est peut-être pas "morte", mais elle est devenue dysfonctionnelle. Retenons que Macron a tenté de remplacer le paternalisme par un partenariat entrepreneurial et mémoriel, mais s'est heurté à la réalité des crises sécuritaires et au rejet d'une partie des opinions publiques africaines.
L'Afrique en marche du 12 mai 2026 No 1179


