La disparition de Moussa Kaka est particulièrement préoccupante. Il ne s’agit pas d’un journaliste débutant ou peu connu : c’est l’une des figures historiques de la presse nigérienne, ancien correspondant de RFI, qui a déjà connu la prison pour ses activités journalistiques.

Au 1er octobre 2026, il est porté disparu depuis un mois. Reporters sans frontières (RSF) et Human Rights Watch ont exprimé de sérieuses inquiétudes. Aucune information publique vérifiée ne permet cependant d’établir avec certitude qui est responsable de sa disparition.

QUI EST MOUSSA KAKA ?

Journaliste nigérien qui exerce depuis près de 40 ans, Moussa Kaka a commencé sa carrière à la radio nationale du Niger, avant de créer Radio "Saraounia" en 1999, puis une chaîne de télévision du même nom en 2011.

Il dirige aujourd’hui un groupe audiovisuel privé comptant environ 70 collaborateurs, implanté à Niamey et dans plusieurs régions du pays.

Il a également été correspondant de Radio France Internationale jusqu’en 2023, année où les autorités militaires nigériennes ont suspendu RFI.

Il a collaboré avec RSF et possède de nombreux contacts dans les milieux politiques, militaires et au sein de la société civile.

PLUSIEURS CONFRONTATIONS AVEC LES AUTORITÉS

Le parcours de Moussa Kaka a été marqué par plusieurs confrontations avec les autorités.

De septembre 2007 à octobre 2008, il a passé 384 jours en prison à la suite d’accusations liées à ses contacts avec la rébellion touarègue.

En octobre 2025, il a de nouveau été arrêté, avec cinq autres journalistes, à la suite d’une annonce concernant une conférence de presse sur un fonds gouvernemental de solidarité. Il a ensuite été libéré sous caution.

CIRCONSTANCES DE SA DISPARITION

29 août 2026, une tentative de renversement du pouvoir militaire se produit à Niamey.

Elle a été mise en échec. Le climat sécuritaire est particulièrement tendu.

Le 31 août, vers 19 heures, la disparition de Moussa Kaka a été constatée. Ce jour-là, il quitte les bureaux de Radio Télévision "Saraounia", au centre de Niamey, pour rentrer chez lui.

Il n’arrive jamais à son domicile. Ses proches et collègues ne parviennent plus à le joindre. Son véhicule est également signalé introuvable.

2 au 4 septembre 2024, des alertes internationales ont été données.

RSF demande une enquête urgente. Human Rights Watch évoque le risque d’une disparition forcée, c’est-à-dire une privation de liberté suivie de la dissimulation du sort de la personne ou du lieu où elle se trouve.

Le 24 septembre dernier, après des semaines d’inquiétudes, RSF publie un nouveau communiqué.

L’organisation indique que les autorités n’ont toujours pas annoncé publiquement l’ouverture d’une enquête ni communiqué d’informations sur son sort.

Le rapprochement chronologique avec la tentative de coup d’État soulève des questions.

Cependant, aucun élément public vérifié ne démontre que Moussa Kaka était impliqué dans ces événements ou que sa disparition leur est directement liée.

Un de ses proches a d’ailleurs déclaré au Monde qu’il n’avait pas connaissance d’une enquête particulièrement sensible sur laquelle le journaliste aurait travaillé à ce moment-là.

L'Afrique en marche du 1er octobre 2026 No 1263