L'Editorial de Murielle MENSAH

En guise de représailles suite au mandat d'arrêt décerné par la Cour pénale internationale (CPI) à Vladimir Poutine pour son "Opération spéciale" en Ukraine, la juge béninoise, Reine Alapini-Gansou, a été condamnée par la justice russe. La justice de l'ombre saurait-elle dicter sa loi aux flambeaux du droit international?

Lors d'une audition devant l'Assemblée nationale française à Paris, il y a quelques jours, Reine Alapini-Gansou a livré un témoignage percutant sur l'impact de ces mesures unilatérales de la Russie contre elle.

La magistrate béninoise qui exerce actuellement les fonctions de 2 ème vice-présidente de la Cour pénale fait donc l'objet de mesures punitives de la part de la justice du pays de Vladimir Poutine.

Dès lors, la magistrate béninoise se retrouve au cœur d'une bataille géopolitique majeure opposant l'institution de La Haye à la justice russe.

En réponse au mandat d'arrêt international émis par la CPI en mars 2023 contre Vladimir Poutine pour des accusations de crimes de guerre en Ukraine, Moscou a lancé des répliques judiciaires ciblées.

Le 12 décembre 2025, un tribunal de Moscou a officiellement condamné Reine Alapini-Gansou par contumace à 15 ans de prison.

JUSTICE DE L'OMBRE POUR DICTER SA LOI

Plusieurs autres magistrats et responsables de la CPI ont subi le même sort. Les autorités russes les accusent de violer le droit national en s'en prenant à leur chef d'État, Vladimir Poutine.

Malgré cette pression de Moscou, la juge béninoise a affirmé sa ferme intention de rester fidèle à son serment et de poursuivre les procédures de la CPI.

La justice de l'ombre saurait-elle dicter sa loi aux flambeaux du droit international?

En plaçant la juge béninoise, Reine Alapini-Gansou sous le coup de sanctions de représailles, Moscou ne fait pas seulement preuve de fébrilité face au mandat d'arrêt émis contre Vladimir Poutine.

Elle tente maladroitement d’intimider le droit international et une femme tenace. Cette manœuvre coercitive trahit une profonde panique institutionnelle.

En effet, en répliquant de manière maladroite, le pouvoir et la justice de Russie tentent de réaliser et d'imposer les frontières de l'impunité.

S’attaquer à cette magistrate d’exception, c’est vouloir briser le miroir qui renvoie au Kremlin l’image de ses propres dérives.

Reine Alapini-Gansou n'est pas le pion d'une cabale occidentale, elle est l'incarnation d'une justice globale, rigoureuse et impartiale, forgée au cœur des valeurs béninoises et africaines de dignité et d’équité.

En ciblant son intégrité, les tribunaux russes cherchent à imposer à la CPI, un silence universel. Malheureusement, ils ne réussissent qu’à légitimer la portée historique et l'implacable nécessité de la Cour pénale internationale d'agir partout où besoin sera.

Cette intimidation systémique résonne comme un aveu de culpabilité gravé dans le marbre de l'arbitraire.

Comment un État qui se réclame d'une multipolarité respectueuse peut-il criminaliser l’application stricte du droit universel ?

Poursuivre les juges qui osent appliquer les textes internationaux est le propre des régimes aux abois, terrorisés par l'idée que la responsabilité pénale puisse un jour rattraper les architectes du chaos.

Les sanctions russes doivent agir comme un puissant catalyseur de solidarité internationale, un signal d'alarme qui rappelle à chaque Nation libre l'urgence absolue de faire bloc autour de ses magistrats.

Plier devant cette parodie de justice russe reviendrait à accepter que la force brute devienne la norme suprême de notre siècle.

Il est temps de transformer cette tentative d'oppression en une éclatante victoire du droit sur l'arbitraire.

Que la voix de la justice résonne plus forte que les décrets de Moscou, car l'histoire ne retient pas les menaces des puissants, mais le courage de ceux qui les ont jugés.

APRÈS POUTINE, TRUMP AUSSI

La juge béninoise, Reine Alapini-Gansou, en fonction à la Cour pénale internationale (CPI), se retrouve encore au cœur d'une autre tempête géopolitique sans précédent et est confrontée aux foudres de Washington.

En effet, l'administration américaine, sous l'impulsion de Donald Trump, a prononcé de lourdes sanctions financières et voyage à son encontre, ainsi que contre plusieurs de ses pairs.

Cette offensive de la Maison-Blanche fait suite à l'implication de la juge dans les procédures de la CPI visant le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, un allié historique des États-Unis.

Cette double pression place la juriste béninoise dans une situation quotidienne extrêmement lourde

Ces sanctions américaines induisent un blocage financier, l'impossibilité d'utiliser la moindre carte de crédit.

Sans oublier les restrictions de mouvement avec l'interdiction stricte de voyager dans de nombreux pays.

Face à Poutine et Trump, on retiendra l'ironie de Reine Alapini-Gansou : « Ces sanctions qui font basculer « à l'ère de la préhistoire », ne lui laissant « plus qu'à faire du troc.», tout est dit en ce qui concerne sa détermination.

Quelle force de caractère face à Poutine et Trump.!

Le Bénin, l'Afrique et le monde regarderont-ils ailleurs pendant que l’on tente de sacrifier une icône du droit sur l'autel de la vengeance géopolitique?

L'Afrique en marche du 5 octobre 2026 No 1265