L'Editorial de Murielle MENSAH 

Avant l'Elysée ce 5 octobre 2026, le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, a été d'abord à Bruxelles à l'Union Européenne en juin dernier. Dès lors,  n'a-t-il su de manière intelligente éviter la  critique de la première visite du président élu chez le maître colon ? 

On connaît le cliché suranné du « président africain fraîchement élu courant faire allégeance à l’ancienne puissance coloniale ».

En allant d'abord au siège de l'Union européenne avant l'Elysée, de manière percutante et stratégique, Romuald Wadagni a su surfer sur une tonalité souverainiste, mais habilement feutrée.

De ce fait, cette stratégie diplomatique du chef de l'État béninois met en valeur une certaine intelligence géopolitique.

Sa rencontre avec Emmanuel Macron au Palais de l'Élysée ce lundi 5 octobre 2026 est donc un parfait art du contre-pied.

L'EUROPE D'ABORD, PARIS APRÈS 

Romuald Wadagni par ce choix de l'UE comme première visite en Europe avant la France, redéfinit une leçon magistrale. 

En effet, là où les éternels critiques attendaient le cliché suranné du « président africain fraîchement élu courant faire allégeance à l’ancienne puissance coloniale », Wadagni a opposé le calendrier implacable de la souveraineté politique et économique.

Les observateurs ont vu venir l'asymétrie volontaire de ce choix diplomatique. 

Avant de franchir le perron de Paris, c'est à Bruxelles, au cœur névralgique de l’Union Européenne, que le chef de l'État, a ancré ses priorités et consolidé ses partenariats multilatéraux.

Ce détour initial par les instances communautaires n'a rien d'un hasard géographique. C'est un bouclier sémantique et politique d’une efficacité redoutable.

En procédant de la sorte, le président Wadagni, a désamorcé le procès en inféodation. En plaçant l'échelon multilatéral européen avant le tête-à-tête bilatéral avec la France, Romuald Wadagni dissout le tête-à-tête historique franco-béninois dans une logique globale de partenaires d'égal à égal.

Mieux, il inverse le rapport de force en  entrant à l’Élysée fort des discussions stratégiques menées précédemment à Bruxelles. 

Ce qui lui permet de  s’assurer que les débats sur la sécurité, l'économie et le développement durable ne soient plus dictés par Paris, mais co-écrits à l'échelle des grands ensembles.

En outre, le No 1 béninois cloue le bec aux nostalgiques de la "Françafrique" : Ce déplacement démontre qu'en 2026, le Bénin ne cherche plus de tuteurs, mais négocie des leviers d'investissements structurants.

Le président Wadagni vient de prouver que la meilleure façon d'éviter les critiques stériles n'est pas de fuir les partenaires historiques, mais de les aborder selon de nouvelles règles du jeu. 

En procédant de la sorte, Wadagni assure l’avènement d’une diplomatie béninoise décomplexée, méthodique et profondément orientée vers l'avenir.

En passant à Bruxelles avant Paris, Wadagni a donc très bien joué. Ceux qui s'apprêtaient à crier à la soumission coloniale en sont pour leurs frais. 

L'Afrique en marche du 6 octobre 2026 No 1266