En faisant une lecture comparative des trois régimes militaires de l'AES met en évidence une réalité. Le capitaine Ibrahim Traoré du Burkina semble maintenir une stabilité interne plus marquée que ses homologues, Assimi Goïta du Mali et Abdourahamane Tiani du Niger.

Bientôt, Traoré fera trois ans au pouvoir. Il oscille entre popularité et fermeté. En effet, arrivé au pouvoir en septembre 2022, le capitaine Traoré a su capitaliser sur une forte adhésion populaire.

Son discours direct et à sa posture nationaliste charment de larges couches de la population.

En dépit des attaques terroristes persistantes, son régime paraît tenir le coup, car porté par un élan de mobilisation de la jeunesse et par des réformes symboliques.

Au nombre de la série d'actes forts à l'actif de Traoré, il y a la promotion du volontariat pour la défense de la patrie et l’accent mis sur la souveraineté énergétique et agricole.

En effet, si l’AES offre une façade d’unité, force est de reconnaître que les trois régimes connaissent des réalités distinctes. 

Traoré, plus jeune et plus charismatique, semble mieux contrôler la rue et incarner l’espoir d’une génération. 


...CONTRAIREMENT À TIANI ET GOÏTA

Au Niger, le général Tiani, arrivé au pouvoir après le coup d’État de juillet 2023, fait face à une équation encore plus complexe. 

Outre les sanctions économiques qui ont asphyxié le pays pendant plusieurs mois, son régime reste confronté à une contestation larvée, notamment dans certaines zones urbaines. 

Les défis sécuritaires dans les régions frontalières avec le Nigeria et le Mali compliquent davantage son exercice du pouvoir.

En clair, Tiani, quant à lui, cherche encore à asseoir sa légitimité au-delà de l’appareil militaire.

Même si comparaison n'est pas raison, outre Tiani qui ne jouit pas des vagues populaires comme Traoré, Goïta surfe quant à lui sur une image de fier guerrier, mais dont le pouvoir est fragilisé.

Au Mali, Goïta, au pouvoir depuis 2020, voit son régime confronté à une usure progressive. La transition qui devait mener à un retour à l’ordre constitutionnel et qui n'a pas tenu promesse, alimente frustrations et doutes.

En dépit de la victoire militaire historique de son armée à Kidal, les attaques terroristes dans le nord et le centre du pays, combinées aux difficultés économiques, fragilisent davantage son assise. 

Si le discours souverainiste séduit encore une partie de la population, le mécontentement social s’accroît.

Comme on le constate, Goïta, pionnier du trio de l'AES, s’essouffle sous le poids de la durée et des attentes non satisfaites.

Cette différence de trajectoires renforcera-t-elle la cohésion de l’AES ou au contraire en révélera-t-elle les fragilités internes entre les trois leaders ?


Ibrahim DIALLO


lafriqueenmarche du 15 septembre 2025 No 1004