L'Editorial de Murielle MENSAH 

Le pouvoir discrétionnaire de nomination de Wadagni est immense. Cependant, depuis son investiture, aucun opposant rallié n'a été encore nommé. Le président Wadagni avec sa déclaration : « La campagne est désormais derrière nous.», n'a-t-il pas douché leurs espoirs ? 

Eric Houndété, Guy Mitokpè, Chabi Yayi...tous des opposants ralliés, aucun d'eux, n'a été nommé dans le premier gouvernement de Romuald Wadagni.

Ce qui alimente de vives discussions au sein de la classe politique béninoise. S'il est encore trop tôt pour affirmer qu’ils ont « trop attendu », les signaux envoyés par le nouveau président Wadagni imposent une réelle prudence quant à leur récompense politique.

L’analyse de l’exercice du pouvoir discrétionnaire de nomination de tous les présidents du Bénin qui se sont succédé, met en lumière plusieurs réalités majeures. 

Et dans le cas de Romuald Wadagni, plusieurs éléments d'appréciation sont à prendre en compte.

D'abord, on a une logique de l'ère des technocrates. En effet,  lors de l'annonce de son équipe ministérielle de 24 membres et de son cabinet élargi, le président Wadagni, a priorisé la continuité technique et la fidélité au système de Patrice Talon. D'où la reconduction stratégique de sept ministres clés de l'ancienne administration.

Ensuite, les nouveaux visages proviennent principalement de la haute administration ou du monde des affaires. Dès lors, c'est Zéro récompense immédiate  pour les opposants ralliés. Pour le moment,  aucun opposant ayant fait défection pour soutenir la mouvance présidentielle pendant la campagne présidentielle n'a obtenu de ministère ou nommé ministre conseiller.

DÉCLARATION DE WADAGNI DANS LES OREILLES DES TRANSFUGES

Dans ce contexte, lors de la rencontre avec le collège des ministres conseillers, le chef de l'État, Romuald Wadagni, a lui-même douché les espoirs de représentations purement géographiques ou politiques. 

Durant cette rencontre officielle avec ses ministres conseillers au palais de la Marina, il a rappelé fermement que : « La campagne est désormais derrière nous.», et que ses collaborateurs ne sont pas là pour « représenter une communauté ou des intérêts particuliers.». 

Cette approche suggère que le ralliement politique ne constitue pas un ticket d'accès automatique aux privilèges de la République.

Les "transfuges" doivent-ils attendre encore quand on sait que le pouvoir de nomination présidentiel ne se limite pas au Conseil des ministres?

Les ralliés peuvent-ils encore espérer être repositionnés dans la seconde ou troisième couronne de l’État? Il s'agit des directions d'entreprises publiques ou d'agences d'État,  postes de conseillers techniques ou de chargés de mission.

Toutefois, le rythme imposé par le début de ce septennat montre que le président Wadagni n'agit sous aucune pression politique et utilise son pouvoir discrétionnaire selon des critères d'efficacité technique bien précis. 

MANGER LES ONGLES ?

Pour les opposants ralliés, le temps commence effectivement à paraître long, d’autant que les places stratégiques du premier cercle sont désormais verrouillées.

Dans l'éternel antichambre des convertis, le sablier s’est figé dans les couloirs du pouvoir, et l’encre des décrets semble avoir la lourdeur du plomb.

Ils sont là, sagement assis à attendre les strapontins ces apôtres de la dernière heure qui ont troqué le bruit de l'indignation contre le silence de l'allégeance.

Leur veste, si habilement retournée, commence doucement à prendre la poussière. Comme il est poétique de les voir guetter le moindre frémissement de plume officielle, l'oreille tendue vers le Journal officiel comme on écoute le ressac de l'océan. 

Avec la dernière déclaration de Wadagni, les opposants ralliés qui ont traversé le rubicon de la contestation, guidés par la promesse de lendemains chantants et de portefeuilles rebondis, doivent-ils commencer par grignoter les ongles? 

L'Afrique en marche du 15 juin 2026 No 1203