Le 2 ème anniversaire de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger sera célébré ce 16 septembre 2025. Née en 2023 dans un contexte de rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et d’instabilité sécuritaire persistante, l’AES s’est imposée en deux ans comme un acteur politique et militaire majeur au Sahel. Quel bilan peut-on faire deux ans après la création de cette alliance ?
Parlant de bilan, l’AES a gagné en visibilité sur le plans diplomatique, économique et dans une certaine mesure, sécuritaire.
En effet, les trois États membres affichent leur volonté d’émancipation diplomatique face aux influences extérieures, notamment occidentales.
EFFORTS CONSENTIS...
En deux ans, leur rapprochement avec d’autres puissances, comme la Russie, la Turquie et certains pays du Moyen-Orient, illustre cette stratégie d’ouverture à de nouveaux partenariats aux antipodes de la tutelle française depuis 1960.
Sur le front sécuritaire, l'Alliance a renforcé la coopération militaire entre les trois pays avec des opérations conjointes contre les groupes armés terroristes. Ces opérations ont été souvent menées avec des succès notables dans certaines zones frontalières.
Sur le plan économique, en dépit des sanctions régionales et internationales qui pèsent sur les économies fragiles des trois pays, on voit des projets d’intégration économique annoncés pour rompre avec la dépendance.
Dès lors, la volonté souverainiste dans ces trois pays est marquée par un changement de cap de paradigmes par rapport aux mines. C'est le cas de l'or aussi bien au Mali qu'au Burkina sans oublier l'uranium au Niger.
...MAIS SEGMENTS DE DIFFICULTÉS
Cependant, le bilan est contrasté surtout sur le plan sécuritaire. En effet, la menace djihadiste demeure, et plusieurs régions rurales restent difficiles à contrôler dans les trois pays.
Désormais, la lutte contre le terrorisme demande des moyens financiers et technologiques considérables, un défi qui tarde à être relevé.
Au-delà du plan sécuritaire, d'autres défis persistent comme la stabilité institutionnelle et le développement économique.
Sur le plan institutionnel, les trois régimes ont su s'octroyer un bail de cinq ans sans élections au motif qu'il faut finir avec le terrorisme avant d'aller aux élections. Ce qui suscite un déferlement de passion de l'opposition classique dont de nombreux tenants sont en prison pour avoir rejeté cette logique politique.
Sur le plan économique, il y a la nécessité d’attirer des investissements étrangers et de renforcer l’agriculture pour garantir l’autosuffisance alimentaire. Cet impératif devient pressant que jamais.
La diplomatie régionale représente également un enjeu de taille. Avec la CEDEAO surtout, il s'agira de construire un espace intégré tout en privilégiant la libre circulation des personnes et des biens avec la CEDEAO, une organisation dont elle était historiquement membre.
Au terme de ces deux années, l’AES apparaît donc comme une initiative audacieuse, mais encore en quête de maturité.
Le troisième anniversaire dira si elle peut réellement transformer le Sahel ou si elle restera une alliance symbolique face aux immenses défis de la région au regard des perspectives d’avenir
L'AES a des ambitions d’intégration politique, militaire et économique accrues. On attend de voir après ce deuxième anniversaire si elle pourrait surmonter ses fragilités internes et bâtir une gouvernance capable d’inspirer confiance pour devenir un pôle de stabilité et d’indépendance en Afrique de l’Ouest.
Ibrahim DIALLO
lafriqueenmarche du 15 septembre 2025 No 1004

