Yoweri Museveni, le président ougandais depuis 1986, est encore candidat à la prochaine présidentielle. Lui, n'a pas trop tenu le peuple en haleine contrairement à Biya et Ouattara. La candidature de Museveni en attendant les autres n'est-elle pas une faillite morale des institutions sous-régionales et continentales en occurrence la SADC et l'Union africaine ?
Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 1986. Paul Biya l'est depuis 1982. Teodoro Mbasogo tient les rênes de son pays depuis 1975. Il y a Denis Sassou Nguesso au Congo/Brazzaville au pouvoir depuis 1997. Si Alassane Ouattara accepte de briguer un 4 ème mandat, il fera 20 ans au pouvoir.
Tout porte à croire que ces présidents africains se sont inscrits à la Faculté de droit de la science infuse des longs règnes.
En Ouganda, Museveni est candidat, donc pas d’alternance dans ce pays. Tout cela n'est possible du fait de la manipulation de la Constitution et de la répression de l'opposition.
Si les coups d’État militaires sont généralement dénoncés en Afrique avec vigueur, les coups d’État constitutionnels sont aussi une autre réalité africaine, mais tolérés. Yoweri Museveni vient d'en donner la preuve en manipulant la loi fondamentale de son pays pour rester encore au pouvoir, sans que cela n'émeuve personne.
...DEUX POIDS DEUX MESURES
Si Yoweri Museveni a prolongé son règne grâce à des modifications constitutionnelles, c'est parce qu'il n'a pas de sanctions notables de la part des institutions sous-régionales et continentales.
Dans le cas de l'Ouganda, parlant d'institution sous-régionale, c'est la SADC et comme continentale, c'est l’Union africaine.
Mais qui peut sanctionner les ruptures d'ordre constitutionnel en Ouganda? Qui peut dénoncer l’échec d’un système censé protéger la démocratie en Afrique ?
Si Yoweri Museveni est encore candidat, c'est parce que les institutions sous-régionales et continentales ont failli.
Leur silence, leur réaction sélective, leur complicité, leur politique de deux poids, deux mesures entre les auteurs de coups d’État militaires et les tripatouilleurs constitutionnels sont manifestes?
Qui peut sanctionner Yoweri Museveni, Biya, Ouattara ? En Afrique, des présidents comme le président ougandais ont verrouillé les institutions régionales et continentales en les téléguidant en fonction de leurs propres intérêts.
Dans le cas de l'Ouganda, c'est la SADC comme institution sous-régionale et l’Union africaine, comme faîtière continentale.
Toutes ces institutions sont impuissantes pour imposer des normes démocratiques claires et cohérentes aux pays membres.
À l’échelle continentale, le cas de l’Union africaine qui peine à imposer des décisions contraignantes aux manipulateurs de Constitution est criard. Son Conseil de paix et de sécurité, censé veiller à la stabilité du continent, reste tributaire de compromis diplomatiques où la realpolitik. Ce qui fait la violation des textes prend souvent le pas sur les principes.
Assimi Goïta du Mali, Ibrahim Traoré du Burkina et Tiani du Niger...auteurs de coups d'État, ont subi de drastiques sanctions prononcées contre leur pays.
Au moment où ils sont sanctionnés, de nombreux compatriotes de ces pays, voient dans les coups d’État militaires, une forme de fenêtre d'opportunités ou de rupture salutaire.
50 ans au pouvoir pour Teodoro Mbasogo de Guinée Équatoriale, 43 ans pour Paul Biya et 39 pour Museveni...il faut instaurer des mécanismes contraignants pour obliger les mohicans de la scène politique africaine à ne plus tripatouiller les mandats et Constitutions et contribuer à l'alternance dans leur pays.
Ibrahim DIALLO
lafriqueenmarche du 2 juillet 2025 No 945

