De Dakar à Lomé, De Cotonou à Abidjan, une tendance prend corps. Il s'agit de l’accord gastronomique. 

« Je n’ai pas d’enfants pour m’occuper de moi. Avec cet accord, je peux déjeuner chaque jour dans un bon cadre.», confie Souleymane, un retraité à Dakar au quartier Sacré-coeur qui a conclu un tel arrangement avec un restaurant de quartier.

Il poursuit : « J'ai cédé une partie d’un bien immobilier à un restaurateur en échange de repas à vie.

En effet, dans un contexte de vieillissement progressif des populations et de fragilisation des systèmes de retraite en Afrique francophone, certaines personnes du 3 ème âgée explorent une alternative inédite pour maintenir leur qualité de vie. 


TENDANCE, MAIS DÉBAT...

Le principe rappelle le viager immobilier ou encore les contrats intergénérationnels. 

Dans la pratique, un bien est cédé en contrepartie de repas dans une ambiance de convivialité, soins ou de services.

Pour les personnes du 3ème âge qui signent un tel contrat, sont isolées. Dès lors, aller manger dans un restaurant permet non seulement de se nourrir convenablement, mais aussi de rompre la solitude.

Si les cas recensés demeurent limités, des signaux montrent que l’idée circule et tend à se généraliser dans plusieurs capitales. 

Certains restaurateurs y voient une opportunité de fidéliser une clientèle tout en sécurisant un investissement immobilier. « C’est un partenariat gagnant-gagnant », explique un gérant d’établissement à Dakar.

Pour les seniors, l’avantage est double. L'accord gastronomique offre une sécurité alimentaire et une vie sociale plus active. Mais des questions juridiques et éthiques se posent. Comment sécuriser les contrats pour éviter les abus ? Quelles garanties pour les héritiers potentiels ? Les autorités fiscales reconnaissent-elles ce type d’échange ?

Les notaires et juristes interrogés appellent à une régulation claire afin d’éviter que des personnes vulnérables ne soient lésées.

Dans une Afrique francophone où la solidarité familiale se transforme et où les retraites sont souvent insuffisantes, ce type d’accord pourrait devenir une solution alternative, mêlant gastronomie, dignité et sécurité. 

Toutefois, il reste encore à voir s’il s’agit d’une tendance passagère ou d’un véritable modèle à institutionnaliser. 

Le recours des personnes du 3ème âge à un accord gastronomique illustre l’ingéniosité sociale face aux défis du vieillissement. 

Il est évident que l'accord gastronomique va redéfinir la place du restaurant dans la vie quotidienne des aînés africains.

Cette idée est originale. Cependant, elle interpelle autant les économistes que les juristes.


Blanchard LAWSON depuis Dakar


lafriqueenmarche du 20 septembre 2025 No 1007