Ils ont été les figures de proue de la lutte pour l’indépendance, les porte-voix des peuples colonisés, les bâtisseurs des premiers États africains. Kwame Nkrumah, Sékou Touré, Patrice Lumumba, Modibo Keïta… Tous portaient le flambeau d’un panafricanisme assumé, d’une souveraineté nationale intransigeante, et d’une volonté farouche d’émancipation politique, économique et culturelle. Mais aujourd’hui, les nationalistes africains semblent relégués aux marges de l’histoire. Sont-ils devenus une espèce en voie de disparition ?


...La fin d’un cycle historique ?

Les décennies post-indépendance avaient été marquées par l’émergence de leaders nationalistes résolus à affranchir leur pays des influences étrangères, souvent au prix de tensions avec les anciennes puissances coloniales. Pourtant, les coups d’État, la guerre froide, les ajustements structurels imposés par le FMI, et la mondialisation ont progressivement affaibli ces courants idéologiques. 

À partir des années 1980, les priorités changent : l’ouverture aux capitaux étrangers, la libéralisation des économies, et les réformes dictées par les institutions internationales deviennent la norme.

Aujourd’hui, rares sont les dirigeants africains qui se réclament ouvertement d’un nationalisme politique cohérent. Les discours souverainistes existent, mais sont souvent sans traduction réelle dans les politiques publiques.


...Un nationalisme vidé de son contenu ?


L’ironie, c’est que le mot "souveraineté" est plus que jamais présent dans les discours officiels. On parle de "souveraineté alimentaire", "souveraineté énergétique",  "souveraineté numérique"… 

Mais dans les faits, les dépendances persistent : aux importations, à l’aide extérieure, à la dette, aux entreprises multinationales, aux logiciels étrangers.

Certains leaders, à l’image de feu Thomas Sankara ou plus récemment de figures comme le colonel Assimi Goïta (Mali) ou Ibrahim Traoré (Burkina Faso), se présentent comme des défenseurs d’un nouvel élan nationaliste. Toutefois, ce sursaut est souvent limité à un rejet des anciennes puissances coloniales, sans véritable projet de développement autonome ni vision panafricaine claire.


...Une jeunesse désorientée ou en quête de nouveaux repères ?

Pour de nombreux jeunes Africains, les références nationalistes du passé paraissent lointaines, voire dépassées. Beaucoup aspirent à l’émigration, à une vie meilleure ailleurs, là où les promesses de leurs gouvernants n’ont jamais été tenues. Pourtant, une autre frange de cette jeunesse s’éveille, portée par les mouvements citoyens, les appels à la justice sociale, et une volonté de rupture avec la corruption et la soumission économique.

Mais sans formation idéologique solide, sans école politique digne de ce nom, sans élite intellectuelle engagée, les aspirations nationalistes contemporaines restent dispersées, parfois récupérées par des populismes à courte vue.


...Vers une renaissance ?

La disparition des nationalistes africains n’est peut-être pas définitive. De nombreux penseurs, artistes, activistes, et universitaires œuvrent à raviver la flamme de l’autodétermination, à redonner sens au projet panafricain. Le défi majeur reste la structuration politique et économique de cette pensée, au-delà des slogans.

Si les nationalistes africains sont aujourd’hui rares, c’est sans doute parce que leur combat exige courage, sacrifice, et vision. Des qualités devenues précieuses dans un continent en quête d’équilibre entre ouverture au monde et affirmation de soi.


Source Afrique-Report@journalactu.com


lafriqueenmarche du 1 er août 2025 No 967