Bamako, Accra, Kinshasa – Ils ont conduit l’Afrique à l’aube de la liberté. Ils ont incarné la fierté retrouvée, la souveraineté reconquise, et le rêve d’un destin africain entre les mains des Africains. Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Amílcar Cabral, Sékou Touré… Ces hommes furent les figures emblématiques du nationalisme africain des années 1950-60. Mais depuis l’accession à l’indépendance de la plupart des États africains, une question demeure : où sont passés les nationalistes ?


...Des pères fondateurs aux oubliettes?



Kwame Nkrumah, père de la Nation ghanéenne.


Les premiers chefs d’État post-indépendance n’étaient pas seulement des dirigeants politiques : ils étaient porteurs d’une vision. Celle d’un continent uni, libéré de toute forme de domination étrangère, maître de ses ressources et fier de ses identités. Leur nationalisme n’était pas un simple slogan : c’était un projet politique, économique et culturel, souvent teinté de panafricanisme.

Mais très tôt, les obstacles se sont multipliés : complots, assassinats, coups d’État téléguidés, guerres civiles, et surtout l’emprise croissante des puissances étrangères et des institutions financières internationales. Face à ces défis, plusieurs nationalistes ont été éliminés ou écartés. D’autres se sont perdus dans l’autoritarisme, parfois au nom de l’unité nationale.


Le tournant libéral et la perte d’idéaux...



Patrice Lumumba, ex premier ministre de RDC assassiné.


Les années 1980 et 1990 ont marqué un tournant. L’imposition des plans d’ajustement structurel par le FMI et la Banque mondiale a mis fin aux ambitions étatiques de développement. Le discours nationaliste a alors cédé la place à un langage technocratique et à une gestion économique tournée vers l’extérieur. Le nationalisme est devenu ringard, associé à un passé révolu.

Les nouveaux dirigeants ont préféré parler de « gouvernance », « attractivité des investissements », « compétitivité »… Des termes souvent étrangers aux peuples qu’ils étaient censés servir. La rupture entre gouvernants et gouvernés s’est accentuée, tandis que le rêve des années 1960 s’estompe.


...Résurgence ou récupération ?

Ces dernières années, des discours anti-impérialistes et souverainistes refont surface, notamment dans certains pays d’Afrique de l’Ouest. Des régimes militaires au Mali, au Burkina Faso ou au Niger revendiquent une nouvelle forme de nationalisme, souvent alimentée par un rejet de la France et de l’ingérence occidentale.

Mais cette rhétorique est-elle réellement portée par une vision de développement autonome, ou n’est-elle qu’un habillage populiste ? Le doute persiste. Le véritable nationalisme africain ne se limite pas à couper des liens diplomatiques : il implique une transformation structurelle, une relance de l’éducation, un contrôle réel des ressources, une responsabilisation citoyenne, et une volonté de construire à long terme.


...L’avenir appartient-il à une nouvelle génération ?

Dans les universités, les mouvements de jeunesse, les diasporas, une génération d’Africains commence à redécouvrir les écrits et les combats des anciens nationalistes. Ils lisent Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Cabral, Sankara… et se posent de nouvelles questions : comment adapter ces idéaux à notre époque ? Comment concilier souveraineté et mondialisation ? Comment construire des États plus justes, sans renier notre dignité ?

Car le nationalisme africain n’est pas mort : il sommeille. Et son réveil pourrait être l’une des clés de l’émancipation véritable du continent, à condition qu’il soit porté par des citoyens conscients, éduqués et déterminés à construire un avenir commun.


Source 

AfriqueVision@journalafrique.org


lafriqueenmarche du 1 er août 2025 No 967