"L’Afrique face au défi industriel : Les milliards ne suffisent pas, le continent doit apprendre à produire sa propre puissance", tel est l'intitulé de cette chronique. 

Face à l’impératif de la souveraineté économique de l’Afrique, l’urgence de produire n’est plus optionnelle. Tant il est vrai qu’au-delà des milliards, le grand réveil du continent sera de produire pour enfin se financer. 

L’oracle avait déjà parlé. Mais les humains ne l’ont pas écouté : l’Afrique n’a pas seulement besoin de capitaux, elle a besoin d’une révolution productive. 

Du continent assisté au continent bâtisseur, l’Afrique, ce géant aux pieds industriels fragiles, doit changer de logiciel : produire d’abord, financer ensuite. 

La sagesse nous rappelle que : « La pauvreté n’est pas une fatalité, elle est souvent le résultat d’un manque d’organisation, de vision et de transformation des ressources en richesses.». 

Et de ce point de vue, le paradoxe africain continue d’interroger les consciences depuis plusieurs décennies : un continent immensément riche par ses ressources naturelles, par sa jeunesse, par son potentiel agricole et énergétique, mais qui demeure encore largement dépendant des capitaux extérieurs, des importations massives et des technologies venues d’ailleurs.

C’est tout le mérite du débat porté récemment par les brillants économistes Lionel Zinsou, Kako Nubukpo et leurs interlocuteurs dans l’émission « L’Afrique sans aide » diffusée sur Radio France Internationale.

Le diagnostic qu’ils ont contribué à mettre en lumière est précieux : L’Afrique doit repenser son rapport au financement, à la mobilisation fiscale et à la souveraineté économique. 

Du continent assisté au continent bâtisseur,

DU CONTINENT ASSISTÉ AU CONTINENT BÂTISSEUR

L’Afrique est un continent riche. Mais elle peine encore à convertir ses immenses potentialités en prospérité collective. Elle possède des terres fertiles, des ressources minières considérables, une jeunesse dynamique, un potentiel énergétique exceptionnel. 

Pourtant, elle demeure l’un des espaces économiques les plus dépendants du monde en matière de biens manufacturés, de technologies et d’équipements industriels.

L’analyse développée autour de « L’Afrique sans aide » pose une question essentielle : si les capitaux affluent, et que les économies locales ne disposent pas d’une base productive suffisamment forte, ces ressources ne risquent-elles pas de repartir vers les économies qui fabriquent les biens et services dont l’Afrique a besoin ? 

Le problème n’est donc pas seulement de trouver des milliards supplémentaires ; il est de créer les conditions pour que chaque milliard investi puisse produire davantage des richesses locales, davantage d’emplois et davantage de souveraineté. 

Comme l’écrivait l’économiste Joseph Schumpeter, le moteur véritable du développement réside dans l’innovation et la capacité à transformer l’économie par la création.

Il ne nous a pas échappé que depuis les indépendances, l’Afrique a connu plusieurs vagues de financements extérieurs : aides publiques au développement, prêts concessionnels, investissements internationaux, programmes d’accompagnement, qui ont contribué à construire des infrastructures, soutenir des secteurs sociaux et accompagner certaines transformations institutionnelles. 

Mais ces financements n’ont pu suffisamment contribuer à bâtir des appareils productifs africains capables de générer une autonomie économique. 

Là, se trouve probablement l’une des grandes failles historiques du modèle africain. Une économie qui importe l’essentiel de ses biens industriels reste vulnérable. Elle consomme la richesse créée ailleurs au lieu de développer une chaîne complète de création de valeur. Le continent doit donc franchir un cap décisif : passer d’une économie de consommation à une économie de production. Car la souveraineté économique n’est pas un slogan ; c’est une discipline productive quotidienne.

Au cœur de ce débat s’est également posée, la problématique du capital humain : le savoir-faire et l’intelligence technique. Une Nation ne devient pas industrielle uniquement parce qu’elle possède des ressources naturelles. Elle devient industrielle lorsqu’elle possède les femmes et les hommes capables de transformer ces ressources. 

Ainsi, l’Afrique a besoin de bâtisseurs scientifiques, d’ingénieurs, de techniciens hautement qualifiés, de chercheurs et d’entrepreneurs industriels. C’est pourquoi, le continent doit réinterroger profondément ses systèmes éducatifs afin de faire émerger une nouvelle génération de créateurs de technologies.

 Comme le disait Cheikh Anta Diop, aucun peuple ne peut construire son avenir sans la maîtrise de la science et de la technique. La véritable indépendance africaine passera donc moins par la multiplication des discours sur la souveraineté que par la capacité à fabriquer les outils de cette souveraineté.

PASSER D'UNE ÉCONOMIE DE CONSOMMATION À UNE ÉCONOMIE DE PRODUCTION 

Le débat sur la faiblesse de la mobilisation fiscale africaine, également évoquée dans les réflexions de Lionel Zinsou et Kako Nubukpo, mérite une analyse équilibrée.

Il est évident que les États africains doivent renforcer leurs capacités fiscales afin de financer leurs politiques publiques. Aucun État moderne ne peut fonctionner durablement sans ressources internes solides. 

Seulement voilà ! On ne peut demander à une économie largement informelle, peu industrialisée et fortement dépendante des importations, de supporter la même pression fiscale, qu’une économie industrielle disposant d’un tissu productif dense. 

La priorité n’est donc pas seulement de chercher de nouveaux prélèvements, mais de créer davantage d’entreprises, davantage d’industries et davantage de richesses imposables. 

Le débat ouvert par Lionel Zinsou et Kako Nubukpo a le mérite de montrer que l’Afrique doit réfléchir à la manière de devenir une économie capable de financer son propre développement. 

Le temps est venu de bâtir une stratégie continentale autour de quelques impératifs majeurs : faire de l’ingénierie et des sciences appliquées une priorité nationale ; créer des centres d’excellence industriels africains ; développer une industrie locale capable de produire les équipements essentiels ; favoriser les partenariats entre universités, laboratoires et entreprises ; transformer les matières premières sur place ; faire émerger une génération d’entrepreneurs industriels africains. 

Car un continent qui ne fabrique pas ses propres machines reste dépendant de ceux qui les fabriquent. Le diagnostic posé par ces grands économistes africains comme Lionel Zinsou et Kako Nubukpo ouvre une voie de réflexion essentielle : le véritable décollage africain ne viendra pas seulement de ce que le monde donnera à l’Afrique, mais surtout de ce que l’Afrique sera enfin capable de créer pour elle-même.

C’est là le nouveau rêve africain !

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L'Afrique en marche du 27 juillet 2026 No 1234