La question de la souveraineté de paiement revient avec force dans les débats économiques africains depuis plusieurs années.

Au cœur de cette réflexion se trouve un constat simple : la dépendance des pays africains aux systèmes de paiement étrangers, qu’ils soient occidentaux ou internationaux, expose leurs économies à une vulnérabilité stratégique majeure. Que faut-il faire pour inverser la tendance ? 

L'Afrique doit relever le défi d'un enjeu crucial relatif à la souveraineté économique du continent. En effet, le continent est confronté à une dépendance qui se manifeste dans plusieurs domaines.

Il y a la domination des réseaux bancaires et des cartes internationales (Visa, Mastercard), On a également la centralisation des transactions via des systèmes de compensation étrangers. 

Il faut souligner la tutelle monétaire exercée, dans certains cas, par des partenaires extérieurs (comme la France dans la zone franc CFA).

INVERSER LA TENDANCE

Face à cette situation, l'Afrique doit retrouver la souveraineté de paiement. Pour ce faire, c’est reprendre le contrôle de la circulation de l’argent, de la compensation et de la décision financière sur son propre territoire.

En effet, une dépendance structurelle héritée de l’histoire ne doit plus être un goulot d'étranglement. Historiquement, la plupart des pays africains francophones ont conservé, après les indépendances, des systèmes monétaires liés à leurs anciennes puissances coloniales. La zone CFA, par exemple, reste adossée à l’euro et gérée en partie via le Trésor français.

D’autres États, même hors de la zone CFA, utilisent des plateformes bancaires et de paiement contrôlées depuis l’étranger. Ainsi, une grande partie des transferts internationaux, des paiements électroniques ou des transactions commerciales transitent encore par des réseaux occidentaux, souvent libellés en dollars ou en euros. Résultat, chaque tension géopolitique ou sanction financière internationale, peut paralyser ou ralentir les flux financiers africains, comme on l’a observé récemment au Soudan, au Niger ou au Mali.

RECONQUÊTE OBLIGATOIRE

L'Afrique doit s'appuyer sur les ressorts économiques et stratégiques de cette reconquête. Le continent doit savoir assurer son autonomie financière. 

En effet, la souveraineté de paiement permettrait à l’Afrique de réduire la dépendance aux décisions d’acteurs extérieurs. Ainsi, en cas de désaccord diplomatique, aucun pays étranger ne pourrait bloquer ou contrôler les flux financiers internes.

C’est une manière de garantir la continuité économique même en contexte de crise internationale.

Ensuite, il revient au continent noir de savoir stimuler l’intégration régionale. Il urge un système de paiement africain interconnecté,  comme celui amorcé par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Ce qui va  faciliter le commerce intra-africain.

À titre de rappel,  aujourd’hui, plus de 80 % des échanges commerciaux entre pays africains passent encore par des banques européennes ! Il urge d'inverser la tendance 

Ibrahim DIALLO 

L'Afrique en marche du 13 novembre 2025 No 1045