À la suite de son Conseil national extraordinaire ce dimanche 22 mars 2026, le parti "Les Démocrates", a officiellement décidé de ne soutenir aucun des deux candidats en lice pour l'élection présidentielle du 12 avril 2026. Il s'agit de Romuald Wadagni (mouvance présidentielle) et Paul Hounkpè (opposition modérée). Cette position de rejet global des candidatures validées, consacre-t-elle, la victoire stratégique du courant des durs et la défaite des modérés de cette formation politique ?
En refusant de donner la caution morale, en ne soutenant ni Wadagni ni Hounkpè, le parti LD refuse de légitimer un processus électoral dont il a été exclu faute de parrainages suffisants.
Pour le parti LD, soutenir Romuald Wadagni, le dauphin désigné de Patrice Talon, aurait été en contradiction totale avec la ligne de rupture radicale prônée par le parti depuis sa création.
Pour le même parti, adouber Paul Hounkpè, perçu par une partie de la base LD comme un "opposant de faire-valoir", aurait pu être vu comme une compromission.
Sur ces deux éléments d'appréciation, le parti semble dire à l'opinion qu'il tient à la préservation de l'identité du parti.
FOSSÉ ENTRE COURANTS
Avec cette décision de non soutien, le parti maintient-il sa cohésion interne ?
Si le parti évite une implosion entre les cadres, qui auraient pu être tentés par un rapprochement pragmatique, du fait du refus d'une parti de la base militante, farouchement opposée au régime actuel, cependant, force est de reconnaître que le fossé se creuse entre les radicaux et les modérés.
En effet, entre les deux franges, qui a pris le contrôle ? En effet, la décision de ne soutenir aucun candidat suggère que la ligne de fermeté (radicale) a le dessus sur une approche plus corsée que modérée.
L'affirmation de la ligne dure se traduit par une volonté de rester le "seul vrai rempart" contre la mouvance présidentielle, quitte à pratiquer la politique de la chaise vide lors du scrutin.
Tout démontre qu'en dépit du retrait récent de Boni Yayi de la présidence du parti le 3 mars 2026 (pour raisons de santé), la nouvelle direction maintient, voire durcit, l'orientation contestataire du parti.
En résumé, le parti LD fait le pari de la délégitimation du scrutin plutôt que celui de l'influence par le vote, une stratégie qui confirme la prédominance des courants les plus intransigeants au sein de sa direction, en dépit de la période de transition.
Cette décision de non soutien, joue sur les contrastes, entre finesse diplomatique et déterminisme politique.
En choisissant de ne pas s’aligner derrière les figures de Wadagni et Hounkpè, le parti "Les Démocrates", signe un acte de refus de compromis.
NE PAS MOUILLER DANS UN PORT ...
Avec la prise des rênes du parti de Nourénou Atchadé au détriment de Éric Houndété, d’un côté, on a une ligne de fidélité obstinée, qui refuse les alliances de circonstance.
C’est le geste de cette frange, qui agit comme un capitaine qui préfère garder son cap dans la tempête plutôt que de mouiller dans un port qui n'est pas le sien.
En déclinant ce soutien, le parti offre à sa base, le luxe du boycott, loin des mélanges de couleurs qui finissent souvent en politique par donner du gris.
Cependant, cette même rigueur de refus de soutien, porte en elle, le parfum d'une occasion manquée. En politique, la pureté est parfois le voile d'un certain isolement.
En refusant de franchir ces ponts, le parti prend le risque de s'enfermer dans une tour d'ivoire, transformant sa fermeté en une inertie stratégique.
À force de vouloir rester "soi-même", on finit pas devenir le spectateur d'un jeu qui refuse les compromis.
Cette décision brille par sa clarté pour une partie de la base dudit parti, et si demain assombrissait ce parti pour ce choix d'enfermement ?
Nourou TIDJANI
L'Afrique en marche du 23 mars 1142


