"Grâce présidentielle au Bénin : le jour où le pardon prit les couleurs du drapeau, 369 vies, une République, un symbole", tel est l'intitulé de cette chronique.
Lorsque la Nation répond présent au rendez-vous de la clémence, la grâce élève la République, et la noblesse de l’État, rehausse l’éclat de l'art de gouverner par la justice et la miséricorde.
La République ne grandit jamais autant, que lorsqu'elle fait grâce et pardonne. Le président Wadagni, vient d’en administrer une mémorable illustration. Par sa magnanimité, des portes de prisons se sont ouvertes, et l'espérance a respiré avec volupté, le parfum de la liberté retrouvée. Fabuleux symbole de la célébration de l'indépendance du Bénin jusque derrière les barreaux.
CLÉMENCE, SIGNE D'ALLÉGRESSE...
"Glory Alléluia ! ". Ce beau cantique que fredonne en chœur tout le peuple béninois. Car à l'instant même où les verrous de ces différentes prisons furent sautés, ce ne sont pas seulement des barrières qui ont cédé. Ce sont des années de silence qui se sont brisées, des angoisses qui se sont évanouies, des larmes longtemps retenues qui sont enfin devenues des signes d’allégresse.
369 citoyens à l'échelle d'une Nation, ce n'est qu'un nombre. Mais pour autant de familles, ce chiffre possède le poids d'une renaissance. Derrière chacune de ces libérations, c’est un visage attendu, une chaise longtemps vide autour de la table familiale, une mère qui n'avait jamais cessé d'espérer et de prier, un enfant qui retrouve enfin une présence, une épouse, un époux, un frère ou une sœur qui voient l'absence céder place aux retrouvailles.
Aujourd’hui, grâce à la magnanimité de Romuald Wadagni, 369 familles voient renaître des projets interrompus. 369 histoires retrouvent le droit de s'écrire autrement. Excellence M. le Président, qu’il vous soit fait selon la grandeur de votre humanisme politique, de votre mansuétude et de votre bénignité !
En saluant cette décision présidentielle, de nombreux citoyens formulent un souhait qui dépasse le sort des seuls bénéficiaires de cette grâce. Que cet esprit de misération qui vient ainsi de s'exprimer puisse, lorsque les circonstances politiques, judiciaires et institutionnelles le permettront, inspirer d'autres mesures d'apaisement, y compris à l'endroit des personnes que certains considèrent comme des prisonniers politiques.
En ces circonstances si pathétiques, il nous plait de rappeler quelques leçons d’humanisme laissées à la postérité par de glorieux noms.
Cyrus le Grand, après ses conquêtes, renonça souvent aux massacres et aux humiliations qui étaient la norme chez les vainqueurs. Il alla jusqu'à rendre leur liberté à des peuples vaincus.
Ainsi par exemple, Alexandre le Grand vainquit le roi Porus lors de la bataille de l'Hydaspe. Lorsque captif, Porus fut amené devant lui, il lui demanda : « Comment veux-tu être traité ? » Porus répondit : « Traite-moi en roi. » Au lieu de l'exécuter, Alexandre lui rendit son royaume et lui accorda même davantage de territoires. Les généraux macédoniens furent étonnés par cette grâce accordée à un ennemi vaincu.
Dans la Bible, David donna un ordre qui étonna son armée : « Pour l'amour de moi, ménagez le jeune Absalom.». Pourtant, ce dernier s'était révolté contre lui, son père, et avait voulu lui arracher le trône en causant une guerre civile.
David souhaitait encore lui faire grâce. Et lorsque Joab tua Absalom malgré cet ordre, David éclata en sanglots : « Mon fils Absalom ! Que ne suis-je mort à ta place ! ». C'est l'image d'une grâce plus forte que la justice immédiate.
Quant à Prométhée, il avait défié Zeus en donnant le feu aux hommes. Après des siècles de supplice, Zeus accepte finalement sa libération par Héraclès.
Enfin, Joseph aurait pu condamner ceux qui l'avaient vendu comme esclave. Au contraire, devenu gouverneur d'Égypte, il les embrassa en déclarant : « Vous aviez pensé me faire du mal ; Dieu l'a changé en bien. ». Tous s'attendaient à une vengeance. Ils découvrirent le pardon.
De Romuald Wadagni on peut dire : « Les peuples s'attendaient au glaive ; le roi ouvrit les bras. Là où tous pressentaient le respect des verdicts, il choisit la grâce. Et ce jour-là, le pardon apparut comme la plus éclatante démonstration de souveraineté.».
Dans un monde où l'on attend d'un roi qu'il écrase ses adversaires, la politique de pardon forcera toujours l’admiration des sujets et ouvrira de nouveaux horizons, annonciateurs de Paix sur la cité.
... MAIS LA GRÂCE POUR ÉCLORE DES CITOYENS RESPONSABLES DE DEMAIN
Cependant, il serait illusoire de croire que cette liberté retrouvée constitue un point d'arrivée. Elle est d'abord un commencement. Une seconde chance n'a de sens que si elle devient un engagement : celui de reconstruire des vies, de renouer avec les responsabilités citoyennes, de transformer l'épreuve en apprentissage et la faute en sagesse. Car la véritable joie n'est pas seulement de franchir les portes d’une prison pour un retour dans le giron de la société, mais à ne jamais y retourner ; à faire de la grâce libératrice, le socle d'une existence nouvelle, utile à sa famille, à sa communauté et à la Nation.
Retenons pour vérité absolue que : la grâce n'est jamais un point final. Elle est une invitation. Elle confie à chacun la tâche exigeante de faire d’une nouvelle vie rendue à l’espérance, le fondement d'une existence tournée vers le respect de la loi et le service du bien commun.
Moralité de l’histoire ? Le plus beau triomphe d'un État n'est pas seulement de punir, mais aussi de savoir relever. La clémence étant parfois la plus éclatante victoire de l'autorité, il ne reste plus qu’à souhaiter longue vie à une Nation qui sait en faire une force et une promesse de l’avenir.
Que la grâce accordée aujourd'hui fasse éclore les citoyens responsables de demain !
Vive la clémence républicaine !
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lafriqueenmarche du 4 août 2026 No 1239

