Ibrahim Traoré était il y a quelques jours dans la célèbre garnison de Pô " Thomas Sankara". Il y était pour rencontrer une partie des soldats de son armée. À cette occasion, il a réitéré sa tolérance zéro pour l'usage du portable par les soldats en opération.
« Plus d'une fois dans les tribunaux, quand les magistrats interrogent les terroristes faits prisonniers, ils avouent qu'ils réussissent leurs attaques grâce aux téléphones portables des soldats de l'armée...», a rappelé Ibrahim Traoré devant certains éléments de sa grande muette.
«Nous devons bannir cette pratique dans nos rangs...», dit-il pour conclure sous les ovations nourries de la troupe présente.
PORTEE D'UNE DÉCISION...
Selon la hiérarchie de l'armée du Burkina, cette mesure d'interdiction a l'avantage de préserver la discipline et la cohésion militaire.
Mieux, cette hiérarchie tient à privilégier une armée solide, structurée et disciplinée, plutôt qu’une « armée de parade ».
En effet, l’usage des téléphones en zone de combat est perçu comme un risque pour la chaîne de commandement et pour l’efficacité opérationnelle.
En imposant cette décision, Ibrahim Traoré tient à éviter les fuites et la désinformation.
Confronté à une guerre asymétrique, les téléphones peuvent faciliter la diffusion en temps réel de messages ou images susceptibles de nuire au moral de la troupe et d’aider les djihadistes lors d’opérations de riposte.
En renforçant le contrôle de l’information comme le montre l'interdiction des téléphones, la priorité est donnée à une communication centralisée par l’État. Toute information non contrôlée est jugée potentiellement préjudiciable à la cohésion de la stratégie militaire.
Avec cette décision, on attend un effet immédiat parmi les soldats. Désormais, la hiérarchie peut s'assurer d'une discipline renforcée, car les soldats sont contraints de respecter les règles strictes ou de subir des sanctions.
...DÉCISION NON NÉGOCIABLE
Avec cette décision de Ibrahim Traoré, il faut remonter au 22 janvier 2025 pour comprendre la portée de cette décision.
Ce jour-là, une attaque djihadiste a visé un détachement militaire à Sébba.
Durant les combats, un sergent-chef a utilisé un téléphone portable en pleine mêlée pour envoyer un message vocal sollicitant une évacuation de blessés.
Après ce geste, il a été sévèrement sanctionné, car contraire aux règles en vigueur.
Le militaire a été radié de l’armée pour :« faute particulièrement grave ». Et pour cause !
En effet, l'utilisation du téléphone a été jugée par l'armée comme un acte subversif qui compromet le moral des troupes et viole les consignes strictes interdisant tout usage de téléphones ou réseaux sociaux sur le théâtre d’opération.
Au regard des préjudices de cette pratique fréquente dans l'armée du Burkina, le régime du capitaine Traoré en a profité pour interdire les téléphones portables dans la grande muette, aussi bien en opération que dans les positions militaires fixes.
Avec cette décision, c'est un tournant qui illustre la volonté du capitaine Traoré de construire une armée disciplinée, équipée et unie, active sur le territoire et symbolique de la souveraineté du pays.
Jean-Pierre SAMOU
lafriqueenmarche du 20 juin 2025 No 936


