L’annonce par Emmanuel Macron, de la reconnaissance officielle de la responsabilité de la France par rapport à la répression des mouvements nationalistes camerounais des années 1950 et 1960 marque un tournant dans les relations entre Paris et Yaoundé. Au-delà du geste symbolique, cette déclaration soulève d’importants enjeux, à la fois historiques et politiques, pour les deux pays.
Emmanuel Macron reconnaît la répression contre les nationalistes camerounais. Cet acte peut-il profiter à Paul Biya ou le desservir à moins de deux mois de la présidentielle?
En attendant, on retient qu'avant l’indépendance du Cameroun, proclamée le 1ᵉʳ janvier 1960, les forces françaises, avec l’appui des autorités locales, avaient mené de vastes opérations contre les militants de l’Union des populations du Cameroun (UPC) et d’autres mouvements indépendantistes.
Arrestations arbitraires, tortures, exécutions et destructions de villages ont marqué cette période.
Pendant des décennies, ce chapitre a été largement passé sous silence dans les discours officiels, tant en France qu’au Cameroun. Une situation qui a laissé les familles des victimes dans l’attente de vérité et de justice.
APRÈS UN LONG SILENCE, ENJEUX POLITIQUES...
En déclarant que : « la France porte une part de responsabilité dans ces violences », Emmanuel Macron s’inscrit dans une démarche mémorielle similaire à celle entreprise par rapport à l’Algérie et au Rwanda.
L’ouverture complète des archives promise par Paris pourrait permettre aux historiens d’établir plus précisément les responsabilités et l’ampleur des événements.
Cependant, cette reconnaissance ne s’accompagne pas, pour l’instant, de réparations financières ou d’excuses officielles formelles, ce qui alimente le scepticisme d’une partie de l’opinion publique camerounaise.
Sur le plan diplomatique, ce geste pourrait contribuer à renforcer le partenariat franco-camerounais dans un contexte où l’influence française est contestée en Afrique centrale.
Mieux, cette reconnaissance intervient à un moment où d’autres puissances, comme la Chine ou la Russie, cherchent à accroître leur présence.
Pour Yaoundé, cette reconnaissance offre également une opportunité de relancer le dialogue bilatéral sur la mémoire coloniale, tout en consolidant ses relations avec Paris.
Au Cameroun, cette reconnaissance pourrait raviver le débat sur l’écriture de l’histoire nationale et sur la place des figures nationalistes, longtemps marginalisées dans les manuels scolaires.
Les historiens et acteurs de la société civile voient dans cette déclaration un pas vers la réconciliation, mais soulignent que la mémoire ne peut se construire que par un travail de vérité.
Certains demandent la réhabilitation officielle des leaders de l’UPC et la reconnaissance de leur contribution à l’indépendance.
Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement de solder les comptes du passé, mais de poser les bases d’une relation égalitaire entre la France et ses anciennes colonies.
La mémoire coloniale, reste un terrain sensible, où diplomatie et histoire se croisent en permanence.
Si la reconnaissance de Emmanuel Macron représente un jalon important dans l’histoire commune des deux pays, son impact dépendra des actes qui suivront.
Enerst DJONKEP depuis Yaoundé
lafriqueenmarche du 17 août 2025 No 978


