Par Titus FOLLY
Je rends ce jour un vibrant hommage à Gabby Bugaga, un confrère et ami burundais que je croisais souvent lors de réunions internationales. Nous sommes au Burundi.
GABBY a été nommé ministre de la Communication et des médias de son pays, en août 2025, fonction qu'il occupait jusqu'à la découverte de sa dépouille dans des conditions funestes, le 16 avril dernier.
GABBY, ceux qui comme moi, ont eu le courage de regarder la vidéo relative à ta dépouille, sont encore inconsolables.
GABBY, depuis ton pays le Burundi, les échos de ta mort nous sont parvenus, suite à la découverte de ton corps sans vie, à l'aube dans un pick-up au milieu d'une palmeraie à Kivoga (en périphérie de Bujumbura), pour ceux qui connaissent cette grande cité du Burundi.
GABBY, ancien et célèbre journaliste du secteur public, avait passé sa vie à prêter son timbre à l’État, avec une voix d’or façonnée pour l’évidence des 20 heures. Sur le plateau, d’un simple haussement de sourcils à l’écran, il dictait la mesure du vrai.
GABBY, journaliste puis ministre, donc gardien des faits, tu es devenu l’architecte des récits. Tu as été une figure bien connue de la Radio-télévision nationale du Burundi (RTNB).
GABBY, que s'est-il passé ? Qu'as-tu fait pour finir à l'arrière d'un pick-up de manière tragique? «Accident de circulation», dit-on en guise de réponse officielle.
GABBY, en servant les "Princes" sans apprendre l’art des coulisses, là où la lumière des projecteurs ne pénètre jamais, as-tu voulu t'émanciper ?
Officiellement, la thèse gouvernementale (puisque tu es membre de l'exécutif), martèle que tu as trouvé la mort suite à un accident de circulation. Qui est le responsable de ce véhicule qui a percuté le tien?
GABBY, Après cette mort, on ne peut s'interdire des pistes d'analyse. Entre le poids des secrets trop lourds pour le libre penseur que tu as été et le prix de redevenir celui qui sait plutôt que celui qui dit, on ne sait quoi retenir dans les couloirs de la politique, là où l'on doit baisser la voix quand on commence par trop en savoir.
GABBY, au-delà de ta mort tragique que nous pleurons, dans ce théâtre d'ombres, la presse africaine perd un talent. Tu as été pour nous celui qui maîtrise le micro et les rouages du métier. Et voici que quelqu'un décide de couper le son.
La vérité de ta mort ignominieuse finira par s'éclore. Cette vérité attend simplement que les projecteurs s'éteignent pour enfin commencer à murmurer les détails et circonstances de ta mort.
GABBY, et soudain voici le noir, bien-sûr le noir sans prompteur, sans montage, sans droit de réponse. Tu as fini là où les vérités finissent par s’échouer, dans ce flou artistique que les communiqués officiels nomment circonstances troubles.
Quelle ironie pour un homme comme toi, qui a passé sa carrière à exiger la clarté des autres ! Te voici devenu l’énigme.
GABBY, ta voix d'or est à jamais brisée, laissant à ta suite, le maroquin des médias vide. Cependant, le silence que tu laisses derrière toi, restera Ad Vitam bruyant.
Du studio où tu t'es effacé au marbre du ministère de la Communication où tu as laissé le poste gouvernemental, ta mémoire restera vivace pour nous tes proches.
Adieu GABBY
L'Afrique en marche du 22 avril 2026 No 1162
