Paul Kagamé n'a pas eu la présidence tournante de la CEEAC. Visiblement, les deux doyens incontestés de l'Afrique et originaires de l'Afrique centrale lui ont visiblement marqué un coup.

À Malabo, chez Teodoro Mbasogo, le 7 juin dernier, la CEEAC a décidé de proroger la présidence de l'homme fort de Guinée Équatoriale. Alors dans les détails pour comprendre ce qui vient de se passer. 

Dans cette Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale, Paul Kagamé, l'homme fort de Kigali est au pouvoir depuis 1994. Malgré ce temps de règne, il a malheureusement deux doyens incontestés.

Il s'agit de Teodoro Mbasogo de Guinée Équatoriale et Paul Biya du Cameroun.

Le premier cité est au pouvoir à Malabo depuis 1975 (donc 50 ans), où il règne en maître absolu grâce à ses pétrodollars avec une abnégation d'émergence.

Il y a ensuite, Paul Biya au pouvoir depuis 1982 à Yaoundé. Depuis qu'il a les rênes du Cameroun, même discret ces derniers temps sur l'échiquier africain, son coup d'oeil compte. Quand il regarde à gauche, c'est un code. Quand il fixe ses yeux à droite, ses voeux sont exécutoires.


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Teodoro Mbasogo et Paul Biya avec leur longévité au pouvoir sont respectivement doyen et vice-doyen de la "Grande Faculté" des sciences politiques des chefs d'Etat en Afrique.

C'est ce duo d'enfer qui vient de refuser pour le moment à Paul Kagamé de prendre la tête de la CEEAC.


DESSOUS DE CARTES...



Teodoro Mbasogo de Guinée Équatoriale gardera les rênes de la CEEAC pour un an encore...


Pourquoi ces deux dinosaures en Afrique ont-ils coincé Paul Kagamé ?

Prenons d'abord le cas de Paul Biya. En effet, le timonier de Yaoundé, connait le prix de la guerre, lui qui est contraint de payer un lourd tribut avec la rébellion ou la tentative de sécession (c'est selon) de ses deux provinces anglophones.

Dans ces conditions, Paul Biya ne peut  soutenir l'élan de balkanisation projeté par Paul Kagamé en RDC.

Dès lors, ce que Paul Biya ne veut pas, Teodoro Mbasogo également ne peut le vouloir. Paul Kagamé n'a pas vu venir la manœuvre des deux doyens. Il en a fait les frais.

Et quand ces deux mohicans de l'échiquier africain et de cette région rechignent pour un projet, il y a une sorte d'effet d'entraînement dans la sous-région.

En effet, quand Mbasogo et Biya disent : « NON », le Burundais Evariste Ndayishimiye (qui en veut à Paul Kagamé), et qui a ses troupes en RDC pour soutenir l'armée de Tschisekedi, doit applaudir.


...COMPTABILITÉ DES TRESSEURS DE CORDES



...ce qui n'est pas du goût de Paul Kagamé qui claque la porte de la Communauté.


Dans cette ligue des mécontents face à Paul Kagamé, il y a un autre puissant de la région qui doit avoir pesé dans la balance contre l'incontournable de Kigali.

Il s'agit de Joāo Lourenço d'Angola. Fort de sa puissance économique, militaire, diplomatique et dans oublier sa casquette d'actuel président de l'Union africaine, le président angolais ne refuser de cautionner ce plan contre Paul Kagamé.

Frustré par la méthode du president rwandais absent à plusieurs rendez-vous de dénouement de la crise en RDC chez lui à Luanda, il a dû aussi peser dans la balance. 

Mieux, le président angolais connait également le prix de la guerre pour avoir combattu l'Unita de Jonas Savimbi.

Denis Sassou-Nguesso du Congo/Brazzaville, au pouvoir depuis 1997, sans compter un bonus de 10 ans à partir de son premier règne (1979), connait également le prix de la guerre. 

Lui qui a pris le pouvoir au prix d'une guerre civile face à Pascal Lissouba n'a pas pipé mot contre ce projet d'une année sabbatique imposée à Paul Kagamé.

Mahamat Deby du Tchad aussi confronté à la secte "Boko Haram" sur les lisières du lac Tchad, ne peut se désolidariser d'une décision du duo Mbasogo et Biya. 

Dans la CEEAC, seul le Centrafricain, le professeur Faustin-Archange  Touadera, par gratitude, pourrait être contre cette idée de prorogation, car Paul Kagamé est son bienfaiteur.

Sans la dextérité et la promptitude des soldats venus en rescousse depuis les mille collines, le président Touadera aura chuté lors de l'avancée fulgurante des rebelles sous la coupole de son prédécesseur à la tête de ce pays, le général François Bozizé.

Pour le moment, Paul Kagamé dresse son trône et se retire de la CEEAC.

On espère que cette déconnexion du Rwanda ne va pas se traduire par une éruption volcanique venue de ses mille collines contre la RDC dans les prochains jours.

Pour rappel, voici la liste des pays membres de la CEEAC. Cette dernière est constituée de 11 Etats. Il s'agit de l'Angola, du Burundi, du Cameroun, de la République Centrafricaine, du Congo, du Gabon, de la Guinée Equatoriale, de la République Démocratique du Congo, du Rwanda, de Sao Tome et Principe et du  Tchad.


Titus FOLLY 


lafriqueenmarche du 11 juin 2025 No 930 


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