On a suivi avec intérêt l'interview exclusive du ministre des Affaires étrangères de Mauritanie, Mohamed Salem Ould Merzoug sur RFI. Sa sortie médiatique fait suite à l'élection de son compatriote, Sidi Ould Tah à la BAD, le 29 mai dernier. Sans fioritures, le chef de la diplomatie mauritanienne révèle les dessous de cartes telles que la présence dans le camp de la victoire du candidat Tah, des pays de l'AES de même que la France de Macron. Tout ce beau monde a fait chemin ensemble pour la victoire de Sidi Ould Tah. Quelles sont les autres grandes révélations de cette interview ?
Selon le chef de la diplomatie de Mauritanie, le carnet d'adresses de son président de la République, a été d'une utilité capitale.
De l'avis de Mohamed Salem Ould Merzoug, le chef de l'Etat de Mauritanie, le général Ghazouani, en tant que président sortant de l'Union africaine, a été pour son compatriote candidat, un véritable stratège et spécial tresseur de cordes.
On retient également de cette sortie médiatique que Bola Tinubu, le président du Nigeria, a été le faiseur de roi.
En effet, en tant que 1er actionnaire des pays membres régionaux africain, le président du Nigeria, lors de cette élection, a pesé de tout son poids pour la victoire de Sidi Ould Tah.
Avec cette déclaration du patron de la diplomatie mauritanienne, des questions fusent. La principale est de savoir en tant que président de la CEDEAO, si le Nigérian a-t-il boycotté la candidature retenue de commun accord par l'institution sous-régionale au profit du Sénégalais Amadou Hott ?
Outre, le Nigeria 1er poids lourd de la BAD, on apprend grâce au ministre des Affaires étrangères de Mauritanie que trois des quatre autres principaux actionnaires de la BAD ont misé pour le candidat de son pays. Il s'agit de l'Égypte, du Maroc et de l'Algérie.
Sans être trop explicite, cette sortie médiatique permet de cerner la position des USA qui ont soutenu fermement le Zambien Samuel Munzele Maimbo. Ce qui n'est pas une surprise. Celui-ci a été très proche des USA pour avoir été dans les arcanes de la Banque mondiale.
AUTRES COULISSES LOIN DE CETTE INTERVIEW...
Grâce à Mohamed Salem Ould Merzoug ministre mauritanien des Affaires étrangères, on a mieux compris les dessous de cartes.
Quelques jours après cette victoire en guise de plébiscite pour le candidat mauritanien Sidi Ould Tah, les langues se délient dans les coulisses de certaines représentations diplomatiques.
D'abord, beaucoup d'observateurs avisés ébruitent la déculottée de l'Afrique du Sud, pourtant poids lourd de la BAD en tant que 2 ème actionnaire.
Comment explique-t-on le cuisant revers de la candidate sud-africaine, Swazi Bajabulile Tshabalala? Si elle a fait piètre figure et éliminée dès l'entame du scrutin malgré la puissante posture d'actionnaire de l'Afrique du Sud, sa candidature n'a pas prospéré pour plusieurs raisons.
En effet, les votants n'ont pas apprécié la manœuvre de Bajabulile Swazi Tshabalala. Alors qu' elle occupait le poste de vice-président principale de la BAD, elle a déposé le tablier de l'institution pour se positionner. Certains votants n'ont pas apprécié et ont gardé une "dent pourrie" contre elle pour cette stratégie.
Ensuite, il y a le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui a conduit une stratégie catastrophique de campagne de sa compatriote.
Cyril Ramaphosa croyait fermement que sa candidature va gagner alors que certains de ses pairs africains lui en voulaient.
Au nombre des outrés par la stratégie de Cyril Ramaphosa, il y a d'abord Bola Tinubu. Au sommet BRICS qui se tenait en Afrique du Sud en janvier 2024, pour l'élargissement des BRICS à BRICS + ( c'est-à-dire de cinq à 10 pays), la candidature du Nigeria a été recalée.
Bola Tinubu n'a pas digéré. L'élection à la BAD a été une occasion pour le président du Nigeria de prendre sa revanche. En mettant son poids de 1er actionnaire dans la balance, Bola Tinubu a permis la victoire en guise de plébiscite du Mauritanien Sidi Ould Tah avec 76% des voix (un score historique dans les annales de l'institution).
Hormis le cas nigérian, il faut souligner le vote barrage de toute la sous-région SADC contre la candidate sud-africaine.
En effet, cette sous-région avait décidé de commun accord de soutenir le candidat zambien, Samuel Munzele Maimbo.
Malheureusement, l'Afrique du Sud, puissance sous-régionale, s'est désolidarisée au profit de sa candidate.
La SADC en guise de punition a "verrouillé" et sécurisé son gage de vote pour faire échec aux manœuvres sud-africaines qui consistaient à piocher des voix dans ce bastion électoral. Malheureusement, Cyril Ramaphosa a lamentablement échoué avec sa candidature.
Les annales retiendront que la victoire du Mauritanien Sidi Ould Tah découle d'une bonne coordination de sa campagne par le gouvernement de son pays. Au même moment, les planètes ont refusé de s'aligner pour ses concurrents.
Frédéric TOURÉ correspondant en Côte d'Ivoire.
lafriqueenmarche du 13 juin 2025 No 932


