En mai 1968, les étudiants africains en France n'ont pas été de simples spectateurs des révoltes ouvrières et étudiantes. Ils y ont pris une part active à travers leurs propres structures, transformant le mouvement en une tribune de contestation anti-impérialiste et anti-néocoloniale.

En mai 1968, la FEANF  a été le fer de lance de la contestation.

En effet, la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF), fondée en 1950, est la structure pivot de l'époque. 

En mai 68, la FEANF s'associe rapidement aux mots d'ordre de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) et participe aux manifestations de rue et aux barricades du Quartier latin.

UNE FAÎTIÈRE SANS OUBLIER...

C'était un double combat. En effet, tout en soutenant la critique du capitalisme occidental portée par les étudiants français, la FEANF réoriente le débat. 

Ce dernier porte sur la dénonciation du néocolonialisme, du "pacte colonial" et des régimes autoritaires en place en Afrique (souvent qualifiés de "fantoches" et soutenus par Paris).

Fortement influencés par le marxisme-léninisme, le maoïsme et les figures de la décolonisation (comme Frantz Fanon ou Amílcar Cabral), ces étudiants luttent pour une "indépendance réelle" de leurs pays d'origine.

Si leur mobilisation s'articule principalement autour d'une organisation centrale, force est de reconnaître l'occupation d'un lieu hautement symbolique.

...UN LIEU MÉMORABLE À PLUS D'UN TITRE 

Il s'agit de l'occupation de la Maison de l'Afrique (Pavillon de l'Afrique d'Outre-Mer)

L'action la plus marquante des étudiants africains en mai 68 reste l'occupation du Pavillon de l'Afrique d'Outre-Mer à la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP).

À l'image de la Sorbonne ou du théâtre de l'Odéon, les étudiants s'emparent de leur lieu de résidence pour en faire un espace d'autogestion.

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Ils y installent le "Tribunal permanent", en somme des comités de discussion et un tribunal populaire improvisé où ils procèdent au procès symbolique de l'impérialisme français et des présidents africains de l'époque (notamment Léopold Sédar Senghor au Sénégal ou Félix Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire).

Cette contestation parisienne a eu une sorte d'onde de choc vers l'Afrique, car elle 

résonne directement sur le continent. 

À la fin du mois de mai 1968, l'Université de Dakar (Sénégal) explose à son tour dans une crise historique majeure, largement connectée et synchronisée avec les revendications de la FEANF à Paris.

RISQUES DE L'ENGAGEMENT DES ÉTUDIANTS AFRICAINS 

Le rôle des étudiants africains se distingue de celui de leurs camarades français par une précarité et des risques politiques beaucoup plus élevés.

D'abord, il y a la menace d'expulsion. Contrairement aux étudiants français, les leaders africains ont été confrontés à l'expulsion immédiate du territoire français par le gouvernement de Georges Pompidou.

Le retour au pays d'origine pour les étudiants africains après des activités subversives à Paris signifiait souvent la prison, la perte de la bourse d'études ou l'enrôlement forcé dans l'armée par les régimes post-coloniaux. 

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En somme, c'est une vague de répression dès le retour au pays pour les étudiants africains. 

Rappelons qu'entre les étudiants africains et français, il y avait quelques différences d'approche.

Si la solidarité de rue existe, les étudiants africains reprochent parfois au mouvement ouvrier et étudiant français un certain "chauvinisme" ou un manque d'intérêt pour les questions spécifiques du tiers-monde et de la décolonisation économique.

L'Afrique en marche du 3 novembre 2026 No 1286