La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

Le 3 ème mandat de la Rwandaise présidente de l'OIF, Louise Mushikiwabo n'est pas du goût du président Tschisekedi de RDC. Contre cette candidature de la filleule politique de Paul Kagamé, le chef d'Etat de la RDC sort une stratégie de la terre brûlée pour déstabiliser celle de la Rwandaise. Quels sont les ressorts de la trouvaille congolaise ? Cette option peut-elle aboutir? 

La RDC, le pays le plus peuplé de l'espace francophone dans le monde ne va pas claquer la porte de l'OIF. Félix Tschisekedi vient de rentrer de Paris où il a été reçu par Macron il y a quelques jours. En clair, claquer la porte de l'OIF et partir n'est pas la bonne solution. 

En réaction à la candidature officielle de la Rwandaise Louise Mushikiwabo pour un 3 ème mandat consécutif à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a officiellement annoncé le 30 janvier 2026 son intention de présenter une candidature congolaise. 

Cette stratégie de Kinshasa vise plusieurs objectifs. Il s'agit de faire opposition à un nouveau mandat de la Rwandaise. Mieux, par le refus à un 3 ème mandat, il s'agit d'attirer l'attention des autres pays membres de prendre conscience et d'éviter une trop forte polarisation inutile dans l'institution.

La RDC s'oppose donc à la volonté du Rwanda de maintenir Louise Mushikiwabo pour un 3 ème mandat, au nom de l'affirmation diplomatique, en tant que premier pays francophone au monde par sa population.

Pour la RDC, il s'agit de récupérer une influence proportionnelle à son poids démographique au sein de l'institution.

AU COMBLE DES TENSIONS RÉGIONALES 

Cette décision s'inscrit dans un contexte de tensions régionales et de crise sécuritaire persistante dans l'est de la RDC avec des milliers de morts lors de l'assaut de Goma par des seigneurs de guerre soutenus par le Rwanda. 

Au regard de cette géopolitique, Kinshasa qui dénonce régulièrement le soutien de Kigali à la rébellion du M23 ne se laissera pas faire. 

Et Paul Kagamé en décidant de soutenir son ancienne ministre des Affaires étrangères à un 3 ème mandat était bel et bien conscient que son homologue, Félix Tschisekedi n'allait jamais applaudir une telle initiative. 

Et voici l'espace francophone désormais soumis à une bataille diplomatique qui sera sans pitié entre Paul Kagamé décidé et Félix Tschisekedi résolu à aller jusqu'au bout pour plomber un 3 ème mandat de la Rwandaise.

TOUT POUR LA POLITIQUE DE LA TERRE BRÛLÉE 

À Kinshasa, le top est donné. Il faut trouver une candidature congolaise idéale pour combattre celle rwandaise. Mieux, dans le même temps, à défaut de gagner, torpiller le projet de 3 ème mandat à l'OIF et le faire foirer par une politique de la terre brûlée pour faire émerger une candidature neutre afin d'éviter des conséquences collatérales pour l'institution.

QUI POUR PORTER LA CANDIDATURE CONGOLAISE ? 

Bien que le nom officiel du candidat n'ait pas encore été formellement arrêté à Kinshasa, plusieurs noms circulent dans les cercles proches du pouvoir. On citerait notamment la ministre de l'Éducation nationale et de la nouvelle citoyenneté, Raïssa Malu. D'autres sources crédibles miseraient sur Isidore Kwandja, le récent coordonnateur des Jeux de la Francophonie de Kinshasa. 

Outre le positionnement stratégique, la politique de terre brûlée sera très active. En géopolitique, et dans une telle configuration d'opposition farouche entre RDC et Rwanda, c'est une approche radicale, qui vise à mettre les alliances au sein de l'OIF devant leurs responsabilités.

Pour Tschisekedi, un lutteur opiniâtre, il s'agit de surfer sur la réputation de l'adversaire pour contribuer à sa défaite pour qu'il ne puisse tirer aucun profit de sa position de présidente sortante de l'OIF.

Pour parvenir à ses fins, Félix Tschisekedi doit définir les mécanismes d'une tactique qui frise un obstructionnisme total pour dérouter l'adversaire. 

Et dans les applications types de la capacité de nuisance, la candidate rwandaise, Louise Mushikiwabo, avait déjà commis la maladresse de "boycotter", les récents jeux de la Francophonie à Kinshasa. 

KAGAMÉ VA-T-IL CROISER LES BRAS ? 

Le Rwanda va-t-il se laisser faire et voir  systématiquement ce 3 ème mandat de sa compatriote à l'eau ? 

Paul Kagamé est un lutteur froid. Il ne sera pas apathique et voir s'accomplir la volonté de miner l'héritage de sa compatriote. Il ne croisera pas les bras face à la stratégie polarisante amorcée.

UNE CANDIDATURE POUR DÉPARTAGER LE RDC ET LE RWANDA ? 

L'élection du prochain patron de l'OIF est prévue lors du Sommet de l'OIF en novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge.

Au regard de la perspective de la bataille nourrie, des voix fortes parmi les pays membres pensent à une candidature émergente (une sorte de 3 ème larron), pour éviter une OIF d'attaques personnelles et de théories du complot qui sont de nature à miner la confiance. 

Ainsi, au lieu de laisser place à l'artillerie lourde politique de Kinshasa et de Kigali pour déstabiliser la crédibilité de cette candidature rwandaise ou pour résister, certains grands pays prendront leurs responsabilités pour éviter une campagne "toxique" et ses dégâts collatéraux. 

Vivement une 3 ème voie pour éviter un protagonisme polarisant entre la RDC et le Rwanda dans les entrailles de l'OIF, une institution qui n'a pas besoin d'une instabilité durable, d'une perte de foi citoyenne et d'une crise majeure 

L'Afrique en marche du 3 février 2026 No 1108