Le premier Congrès panafricain national du Bénin qui a eu lieu du 20 au 22 juin 2025 à Porto-Novo est désormais dans les annales. René Gbénou Yomakou est passé du rôle d'organisateur à la mission de président de la Commission panafricaine nationale Du Bénin. Au terme de ce rendez-vous, il fait dans cet entretien, le point des travaux. Lisez ci-dessous, l'intégralité de son éclairage.


Ici, les membres de la Commission nationale du panafricanisme du Bénin


Le congrès est terminé. Pourriez-vous nous résumer ce temps fort en trois grands axes de réflexion ?

René Gbénou Yomakou: Trois grands axes ont structuré nos réflexions. D’abord, la relecture historique du panafricanisme, depuis ses origines afro-américaines jusqu’à ses ancrages béninois, pour raviver notre mémoire collective et légitimer notre combat. Ce congrès a mis en lumière la nécessité de renforcer la solidarité entre les mouvements panafricains. (Voir le Discours d’ouverture du 1er congrès donné par le Vizir Olofindji). Ce rendez-vous historique a permis de mettre en lumière quelques associations,  mouvements, organisations et leaders panafricanistes du Bénin.

Ensuite, la mise en débat des politiques panafricaines, afin de comprendre comment structurer et s’organiser. Là, les formations politiques et non politiques, qui y étaient ont présenté leurs visions panafricaines à court moyen et long terme.

Il y a enfin la mise en place de la Commission nationale du panafricanisme au Bénin (CNP-Bénin), avec Monsieur Gbénou René Yomakou, élu comme président.  

La CNP-Bénin aura pour rôle de travailler les documents de fonctionnement utiles, et les stratégies d’actions sur le plan national ainsi que régional. Les membres seront officiellement installés lors du 2e congrès. 



Le panel ayant conduit les trois communications sous la coupole du Vizir Akande  Olofindji.


Vos pairs, au regard de votre leadership ont décidé de vous faire passer d'organisateur à président. Quels sont vos sentiments ?

Je ressens avant tout une profonde humilité. C’est une marque de confiance qui m’honore. Mais surtout une responsabilité collective. Mon élection n’est pas un couronnement, c’est un appel à servir. Ce projet dépasse ma propre personne. Il nous engage pour la génération présente et celles à venir. Je reçois cette mission avec humilité, rigueur et fidélité à notre idéal panafricain humaniste. Je ne peux l’accomplir qu’avec une équipe déterminée à la vision.


Malgré vos multiples casquettes à l’international, comment comptez-vous vous y prendre pour rendre en fin de mandat un bilan reluisant ?

Je crois en une organisation collaborative, décentralisée et rigoureuse. Nous mettrons en place des coordinations et comités techniques, des pôles thématiques et un calendrier d’action. Je vais m’appuyer sur une équipe solide et engagée avec des collaborateurs compétents et passionnés à la vision. Le bilan ne sera pas fait de discours mais d’actes : publications des actes du 1er congrès, formations des membres, projets communautaires, festivals, actions diplomatiques, etc. 

La visibilité ne vaut rien sans l’impact. D’ailleurs nous avons déjà lancé l’édition de trois documents sur le panafricanisme pour les niveaux du primaire, secondaire et universitaire. Ce qui nous permet d’être dans du concret que dans le discours. La création de la chaine panafricaine béninoise est un projet qui nous tient aussi.


Pourriez-vous nous faire un résumé succinct des trois communications de ce congrès ?

La 1ère communication a retracé l’histoire du panafricanisme au Bénin, de ses figures pionnières aux réseaux actuels, en soulignant les dynamiques de rupture et de continuité.

La 2e communication a analysé les rapports entre les régimes béninois successifs et les projets panafricains, entre rhétorique politique et initiatives concrètes, avec une lecture critique, mais constructive.

La 3e communication a posé la question stratégique : comment positionner le Bénin face à l’AES ? Devons-nous observer, rejoindre ou contrebalancer cette alliance souverainiste ? La réflexion a été ouverte, et exige une clarté idéologique pour que le Bénin rejoigne l’Alliance. L’évaluation stratégique des dynamiques nouvelles, notamment avec l’émergence de l’AES, perçue à la fois comme une opportunité d’affirmation souveraine et un appel à la vigilance organisationnelle.

Vu le contexte tendu lors de l’organisation et surtout la méfiance affichée par certains cadres, les trois communications sont passées à travers un panel animé sous le leadership du Vizir Olofin II Olofindji Akandé. 

Le premier communiquant, le Maitre Robert Dossou étant en expertise hors du territoire béninois, le second communiquant qui devrait nous venir du ministère des Affaires étrangères n’a pas réagi à notre demande officielle, et notre troisième communiquant qui devrait nous venir du Niger, un pays de l’AES, eu un problème de formalité. 


Photo de famille de la délégation royale du royaume de BOUE, 2 ème royaume au Nord du Bénin


La suspicion relative aux bras financiers de cette rencontre (le président Poutine de Russie à travers Kemi Séba, ou le président Traoré du Burkina) a-t-elle été dissipée ?

Oui, et cela n’aurait jamais dû faire débat. Le 1er Congrès panafricain national du Bénin, a été entièrement autofinancé par les cotisations des congressistes, les dons de particuliers engagés et sages, et le travail bénévole des militants. Lier notre action à de la manipulation d’une tierce personne relève d’une tentative de décrédibilisation. 

Notre seule source d’inspiration est africaine, notre seul agenda est souverainiste, et notre seule loyauté va aux peuples pour dire que nous devons prendre en main nos propres initiatives que d’espérer des dons qui vont vous détourner plus tard de votre idéal. Nous avions réalisé et réussi à 08 sur 10 ce congrès avec dignité même s’il n’a pas réuni de milliers de participants et les millions de CFA comme l’auraient souhaité l’organisation.


Une autre suspicion est relative au lieu retenu pour la tenue de ce Congrès. Ce dernier a failli capoter. Vous aviez été contraint de quitter le lieu préalablement pour un autre. Aviez-vous pu passer l’éponge ?

En effet, à 14 heures du démarrage du congrès, nous avons reçu le NON du Patriarche Urbain Karim Da Silva d’abriter cet événement historique dans son panthéon. Ce refus du Panthéon de Porto-Novo, pour des raisons fallacieuses mêlant sécurité et confusion idéologique, fut un moment douloureux. Ce lieu symbolique a manqué un rendez-vous important avec l’Histoire. Mais oui, nous avons transformé l’obstacle en tremplin, et non seulement nous avons tenu le 1er Congrès national du Bénin sur un site Pastoral, nous avons renforcé notre unité. Je ne nourris aucune rancune, mais je n’oublierai pas. Je remercie le leadership éclairé d’un des sages de la ville de Porto-Novo qui nous a réconforté. Il  est un modèle panafricain qui mérite nos admirations. 

Le NON de Urbain Karim Da Silva fut une épreuve difficile, mais nous avons choisi de ne pas nourrir de rancune envers le patriarche qui a ses raisons. 

Cet acte nous a ouvert les yeux pour comprendre qui est qui dans cette lutte d’audace panafricaine, de mesurer notre détermination et capacité à surmonter les obstacles, puis de nous orienter pour l’édition prochaine.


Ici, vue partielle des congressistes à l'ouverture du Congrès à Porto-Novo le 20 juin dernier.


Après Porto-Novo, le Panafricanisme en Afrique et au Bénin peut-il être davantage une source d’inspiration pour la jeunesse ?

Plus que jamais, nous avons vu des jeunes, des sages, des dignitaires traditionnelles, têtes couronnées, professeurs d’université, religieux, etc. se lever, débattre, écrire, chanter, construire. Porto-Novo 2025 a été une flamme, une école politique vivante. 

Oui, le panafricanisme peut redevenir une boussole idéologique, un outil de mobilisation et un levier d’auto-détermination pour la jeunesse africaine. Porto-Novo nous invite à promouvoir des valeurs collectives, de fierté culturelle et de responsabilité citoyenne pour bâtir notre Nation. Porto-Novo invite tous les autres pays du continent noir à imiter l’expérience et à mettre en place la Commission nationale du panafricanisme pour une unité d’action du mouvement vers la renaissance africaine ou rien. 

Nous devons viser ensemble grand. Que sera l’Afrique en 2063 après les assises de 1963 de nos chefs d’Etats réunis à Addis-Abeba/Ethiopie pour briser les frontières imposées par la Conférence de Berlin ?

Nous devons-nous réveiller. Quand il y a une volonté, il y a toujours un chemin ; et nous le connaissons : Il faut agir.


Vous jurez la main sur le cœur que Porto-Novo n’a aucun lien avec la présidentielle de 2026 ?


Ici, vue partielle des congressistes à l'ouverture du Congrès à Porto-Novo le 20 juin dernier.


Je le jure solennellement : le 1er Congrès panafricain national du Bénin, organisé du 20 au 22  juin 2025, était un espace de réflexion et d’échange sur les questions panafricaines, sans aucune instrumentalisation politique liée à 2026, ni une plateforme électorale, ni une manœuvre politicienne. Il s’agit d’un projet pour le long terme, au service du Bénin, de l’Afrique et de ses peuples. 

Notre objectif est civilisationnel, pas électoral. Ceux qui pensent à 2026 qu’ils sachent que nous autres pensons à 2060, 2063 et bien au-delà. 

Cependant, les représentants du comité politique des partis politiques panafricains de la Commission nationale panafricaine mis en place, ne manquera pas ce rendez-vous.


Je vous remercie !


Salifou DIAGNE pour la réalisation

Titus FOLLY pour la supervision éditoriale et la charte typographique 


lafriqueenmarche du 8 juillet 2025 No 948