Après avoir présenté le sujet avec des mots simples et des exemples édifiants, cette tribune nous appelle à une vigilance de tous les instants pour ne pas être piégé par la propagande des pays occidentaux faite de deux poids deux mesures. Lisez ci-dessous l'intégralité de cette tribune de cette figure emblématique de la diaspora. 

LA DESINFORMATION : CAS DE L'AMORALITE INDIGESTE DE L'IMPERIALISME OCCIDENTAL

Qu’on se le dise. 

La désinformation, diffusion délibérée d'informations fausses, incorrectes ou trompeuses dans l'intention de nuire, n’est pas née avec Internet. Elle n’est pas non plus un phénomène nouveau. Elle accompagne l’histoire humaine depuis l’apparition du langage. Elle consiste à mélanger le vrai et le faux, à fabriquer des récits biaisés, à manipuler les émotions pour orienter les consciences et les perceptions. En réalité, elle n’est qu’un mensonge maquillé, rendu socialement acceptable par des discours savants, des experts autoproclamés et des relais médiatiques puissants. Ce qui est condamné chez les peuples devient soudainement «stratégie» lorsqu’il est pratiqué par les puissants. Aujourd’hui, à l’ère numérique, cette pratique a pris une ampleur industrielle. Réseaux sociaux, chaînes d’information en continu, plateformes numériques : tout concourt à transformer la désinformation en arme de masse. Sous l’étiquette trompeuse de «fake news», elle est utilisée par de nombreux gouvernements, sinon tous, pour justifier des actions contraires à ce qu’ils défendent, des sanctions, des interventions militaires, des blocus ou des déstabilisations politiques ou pour le contrôle des masses. Elle n’est plus accidentelle : elle est organisée, planifiée, assumée.

Transformer les victimes en coupables : un cas de désinformation immonde et amorale

L’un des mécanismes les plus abjects de la désinformation consiste à inverser les responsabilités : faire passer la victime pour l’agresseur, le pillé pour le coupable, l’opprimé pour le fauteur de troubles. C’est une vieille technique : accuser un chien de rage pour justifier qu’on l’abatte. Appliquée aux peuples, elle devient criminelle. Ce procédé a été utilisé contre Saddam Hussein,accusé de détenir des armes de destruction massive inexistantes. Il a servi à diaboliser Bachar el-Assad dans un contexte de guerre internationale par procuration contre son pays. Il a préparé la chute de Mouammar Kadhafi, au nom de prétendus massacres de son peuple. Il a accompagné l’élimination politique de Patrice Lumumba, présenté comme un danger pour les intérêts de l’Occident alors qu’il se battait pour la souveraineté de son pays, pour les intérêts de son pays, le Congo Kinshasa d’alors aujourd’hui, République Démocratique du Congo (RDC). 

UNE ARME POUR PUNIR LES PEUPLES SOUS COUVERT DE MORALE 

La désinformation sert aussi à masquer les responsabilités réelles des grandes puissances. Cuba est ainsi accusé de ses difficultés économiques, conséquences des décennies de blocus imposé par les États-Unis d’Amérique. La bande de Gaza est affamée, bombardée, privée d’infrastructures scolaires, culturels et sanitaires, puis on s’arrache les chemises pour en rendre le mouvement Hamas responsable. C’est aussi le cas en Iran où le régime iranien est accusé sans vergogne des conséquences des lourdes sanctions internationales depuis 2024 sur la population en plus d’être crapuleusement utilisées par les services de renseignements israéliens (Mossad) et étasuniens(CIA) pour nourrir leurs activités de déstabilisation du régime. Et tous les efforts du régime pour endiguer ces révoltes fomentées sont taxés de gouvernance par «le sacrifice du peuple» et «par la peur».

Au Venezuela, Nicolás Maduro est présenté comme un criminel trafiquant de drogues, pendant que le pillage économique éhonté et même revendiqué par les USA est passé sous silence. En Afrique, les pays de l’Alliance des États du Sahel, mis aux bancs de l’Occident impérialiste, sont décrits comme des dictatures, afin de préparer, sous l’impulsion de la France et de ses alliés, leur isolement, leur déstabilisation et leur affaiblissement pour justifier une nouvelle reconquête au nom de la “vassalisation heureuse” que le Président français ne veut pas pour son pays face aux États-Unis d’Amérique. 

UNE HYPOCRISIE SYSTÉMIQUE 

L’Occident se présente toujours comme le défenseur des droits humains, de la démocratie et de la liberté d’expression. Mais dans la pratique, ces valeurs sont instrumentalisées. Elles servent de prétexte à des politiques de domination, de pillage et de contrôle. La désinformation demeure encore un outil central de l’impérialisme moderne : elle prépare les esprits, oriente et conditionne la perception, justifie l’injustifiable et anesthésie les consciences.

Ce système n’a rien de moral. Il repose sur le mépris des peuples, la manipulation des émotions et le cynisme. Derrière les discours humanitaires se cachent des intérêts économiques, stratégiques et financiers.

LA VIGILANCE CONTINUE EST DE MISE

Aucune désinformation n’est vertueuse. Aucune manipulation ne sert réellement les peuples. Dénoncer ces pratiques, c’est refuser d’être complice de l’injustice. C’est défendre le droit des nations à raconter leur propre histoire, à analyser leurs propres contradictions, sans tutelle ni caricature et leur apporter leurs propres solutions. 

Face à cette machine idéologique, la vigilance populaire, l’éducation critique et la solidarité internationale restent des armes essentielles. Résister à la désinformation, c’est déjà résister à la domination.C’est refuser que le mensonge continue de gouverner le monde.

K. Romain  MISSINHOUN

L'Afrique en marche du 18 février 2026 No 1118