La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

Pour les partisans de la transition politique au Mali et de nombreux observateurs militaires régionaux, la reprise de la ville stratégique de Kidal par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés d'Africa Corps le 6 octobre 2026 marque un tournant décisif dans l'affirmation de la souveraineté nationale. Cependant, comment pérenniser cette présence militaire afin de transformer cette victoire symbolique en un contrôle territorial permanent?

Après le revers subi le 25 avril dernier face à la coalition des rebelles du Front de libération de l'Azawad (FLA) et des groupes affiliés, ce succès de l'armée malienne est présenté par les autorités de Bamako comme une démonstration de force indispensable.

Selon les analystes de la sécurité au Sahel, la priorité absolue des forces gouvernementales doit être d'empêcher définitivement toute tentative de retour ou d'infiltration des rebelles du FLA.

Les précédents historiques démontrent que les mouvements séparatistes exploitent fréquemment les vides sécuritaires pour se réorganiser après ce qu'ils qualifient de « replis stratégiques ».

Pour l'état-major de l'armée malienne, la sanctuarisation de Kidal passe par un déploiement massif et continu, capable d'opposer une fin de recevoir absolue à toute velléité de reconquête par les forces hostiles.

Le régime de Goïta n'a pas le choix. Il lui incombe la maîtrise du terrain. Ce qui implique une surveillance rigoureuse des voies de repli et des zones frontalières, notamment vers Tinzaouatène.

En effet, profitant du récent rapprochement diplomatique entre Bamako et Alger, l'armée malienne dispose d'une opportunité géopolitique inédite pour priver le FLA de sa profondeur stratégique historique.

Dès lors, il s'agit de verrouiller les couloirs de circulation et maintenir une pression aéroterrestre constante.

Les forces régulières doivent viser à étouffer les capacités logistiques des insurgés avant qu'ils ne puissent reconstituer leurs unités.

Cependant, le tout militaire ne suffira pas au regard des crises sahéliennes passées. En effet, la victoire militaire doit impérativement s'accompagner d'une restauration durable de l'autorité de l'État.

La ville de Kidal a été largement désertée par ses habitants par crainte des combats, le retour sécurisé des populations civiles et la restauration des services publics essentiels constituent le meilleur rempart contre l'influence rebelle.

C'est en regagnant la confiance des communautés locales et en assurant leur protection que Bamako fermera définitivement la porte aux discours séparatistes.

Enfin, pour les dirigeants malien, le maintien d'une mainmise absolue sur Kidal représente le test ultime de la viabilité de leur stratégie nationale de défense .

Consolider cette position ne relève plus seulement de la tactique militaire, mais d'un impératif politique pour le président Assimi Goïta.

Le pouvoir de Goïta après cette victoire va-t-il parvenir à barrer définitivement la route au FLA pour prouver sa capacité à stabiliser de manière autonome son territoire septentrentrional ?

L'Afrique en marche du 13 octobre 2026 No 1270