Assimi Goïta continue de marquer de son empreinte la vie politique et sociale du Mali. Si ses partisans saluent un combat pour la souveraineté et la sécurité, ses détracteurs dénoncent un climat de répression et de méfiance généralisée avec de nombreuses arrestations durant ces cinq dernières années.

Choguel Maïga, récemment premier ministre de Goïta, limogé en novembre dernier a désormais en prison depuis le 19 août 2025.

Il est le dernier d'une longue série. Depuis 2020, plusieurs figures politiques, médiatiques sociales et militaires ont été interpellées par les autorités de transition. 

Hommes politiques accusés de corruption, leaders religieux soupçonnés d’opposition au régime, journalistes critiques ou encore cadres administratifs impliqués dans des dossiers sensibles, la liste des personnalités envoyées derrière les barreaux ne cesse de s’allonger dans un climat politique tendu.


ENTRE TAIRE LES VOIX CRITIQUES...

Ces arrestations nourrissent un climat de crainte dans la sphère politique. Beaucoup de partis, déjà affaiblis par la suspension des activités politiques décidée par les autorités de Transition, se retrouvent réduits au silence. 

Les rares voix critiques encore audibles dénoncent une instrumentalisation de la justice au service d’un pouvoir militaire qui s’installe dans la durée.

Pour le pouvoir, il s’agit de restaurer l’ordre et d’assainir la gestion publique. Pour les opposants, c’est une manière de museler les voix discordantes.

Le discours officiel insiste sur la nécessité de combattre l’impunité et de rendre justice au peuple malien en faisant de la lutte contre la corruption, un argument central.

Ainsi, plusieurs procès très médiatisés ont été organisés, visant des anciens dignitaires accusés de détournement de fonds publics. Une partie de la population y voit un signe d’exemplarité et une volonté d’en finir avec les pratiques du passé. 

Mais des organisations de défense des droits humains alertent sur des procédures parfois expéditives, voire arbitraires.


...ET ASSAINIR LA GOUVERNANCE 

À l’heure où le Mali tente de redessiner son destin avec l’Alliance des États du Sahel (AES), la question des libertés publiques reste un sujet sensible. 

Cinq ans après la prise de pouvoir de Goïta, l’équilibre entre la lutte contre la corruption, la sécurité nationale et le respect des droits politiques demeure fragile. La prison est devenue un symbole du régime. Pour les uns, il est celui d’un assainissement nécessaire, tandis que les autres décryptent une main de fer.

Avec Goïta, le Mali est à l'heure d’une dérive inquiétante? Dans la rue, les avis sont partagés. Certains Maliens estiment que ces emprisonnements sont une réponse légitime aux années de mauvaise gouvernance et de compromissions. D’autres y voient une dérive autoritaire, craignant que la Transition ne se transforme en régime de plomb.


Ibrahim DIALLO 


lafriqueenmarche du 20 août 2025 No 981