Sur le front sécuritaire, le régime de Goïta a marqué les esprits par une victoire mémorable, celle de Kidal en novembre 2023. Cependant, que de défis à relever par le pouvoir Goïta
La victoire retentissante de Kidal reste fragile dans sa globalité. En effet, sur le front sécuritaire, le succès contre les groupes armés, n'est pas encore total.
En dépit de la diversification des partenariats militaires, dont celui noué avec la Russie après le départ des forces françaises et de la Minusma, le terrorisme est loin d'être vaincu.
PONT ROMPU AVEC L'OCCIDENT ET PARAPLUIE RUSSE...
Peu après sa prise de pouvoir, Assimi Goïta a accéléré la fin de l’opération "Barkhane" et du dispositif européen "Takuba".
Pour Bamako, il s’agissait de mettre fin à une dépendance jugée inefficace et de reprendre en main la souveraineté militaire. Ce départ des forces occidentales, salué par une partie de l’opinion malienne, a toutefois laissé un vide sécuritaire dans certaines régions du nord et du centre du pays.
Au Mali, la lutte contre le terrorisme, grâce à "Wagner" et "Africa Corps" n'est pas un fleuve tranquille.
"Wagner" est partie et a laissé place à "Africa Corps". Cependant, les attaques djihadistes persistent dans plusieurs régions du pays. Ce qui alimente le sentiment d’une victoire incomplète.
En effet, le Mali a placé la lutte contre le terrorisme au cœur de son action politique et militaire. Des choix stratégiques radicaux ont été faits. D'où la rupture avec les forces françaises et européennes.
Après cette rupture, le Mali a fait le pari en jouant de nouveaux partenariats sécuritaires, et en recourant aux légionnaires russes de "Wagner", puis "Africa Corps". Un chemin marqué par des succès revendiqués, mais aussi par des zones d’ombre.
En effet, en 2021, le Mali fait appel aux paramilitaires russes du groupe "Wagner". Présentés comme des "instructeurs militaires", ils participent rapidement à des opérations offensives contre les groupes jihadistes.
Le gouvernement met en avant des résultats concrets. On peut citer la reprise des localités, des convois sécurisés, une armée malienne plus confiante.
Malgré tout, les critiques se multiplient à l’international contre "Wagner". De nombreuses ONG de droit de l'Homme, pointent du doigt de graves violations et un coût financier lourd pour un pays déjà fragilisé.
..."AFRICA CORPS" : AUTRE EXPERTISE
Depuis 2024, soit un an après la mort de Evgueni Prigojine, de nouveaux alliés affichent un visage plus institutionnel avec "Africa Corps".
En effet, pas question pour le pouvoir Goïta de mettre fin à la coopération militaire officielle qui a été manifeste.
Il faut poursuivre l'héritage de "Wagner" par le biais de la formation, de la livraison d’équipements ultramodernes et de la présence visible aux côtés des Forces armées maliennes (Fama)
Avec "Africa Corps", Bamako y voit une sorte de continuité, mais aussi une tentative de légitimation de cette alliance avec la Russie de Poutine.
Après la mort d’Evgueni Prigojine et la réorganisation de l’influence russe en Afrique, "Wagner" laisse progressivement place à "Africa Corps", structure pilotée par le ministère russe de la Défense.
BILAN MITIGÉ...
Si le pouvoir revendique un recul des attaques jihadistes, dans certaines zones, la menace reste vive.
Un état des lieux permet de constater que le nord demeure instable, le centre continue de subir des violences intercommunautaires, et les groupes armés adaptent leurs tactiques mouvantes.
Pour de nombreux experts, la stratégie sécuritaire malienne, très axée sur la force, gagnerait à être complétée par un volet politique et social encore insuffisant.
Cependant, au sein de la population, un sentiment de fierté nationale se mêle à la fatigue d’une guerre qui s’éternise.
Si beaucoup saluent l’affirmation de souveraineté et de diversification des alliances militaires, d’autres s’interrogent. Et leur interrogation est relative au prix de cette coopération.
La lutte contre le terrorisme semble parfois piétiner, alors que la vie quotidienne reste minée par l’insécurité, le déplacement de milliers de familles et la crise économique.
...DOSSIER "TENTATIVE DE COUP D'ÉTAT"
Le 5 ème anniversaire intervient à un moment où le Mali est confronté à une tentative de coup d'État avec l'arrestation de deux généraux en occurrence Nèma Sagara et Abass Dembélé.
Cinq ans se sont écoulés depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta, figure centrale des putschs successifs de 2020 et 2021.
Celui qui s’était présenté comme l’homme de la rectification et de la restauration de la souveraineté nationale fait désormais face à un bilan contrasté. Cinq ans après, le combat du Mali reste toujours inachevé.
Assimi Goïta a profondément redéfini les alliances et la stratégie militaire du Mali. De "Wagner" à "Africa Corps", le pays a fait le choix d’un partenariat assumé, en rupture avec ses anciennes dépendances occidentales.
Mais cinq ans après, la victoire sur le terrorisme reste encore hors de portée. Le Mali a gagné une nouvelle autonomie stratégique, mais il lui reste à conquérir une paix durable.
Entre espoirs de rupture et résistance terroriste, la Transition malienne semble s’être figée dans le temps.
Ibrahim DIALLO
lafriqueenmarche du 20 août 2025 No 981


