Le général Abdourahamane Tiani prend le pouvoir suite au coup d’État du 26 juillet 2023. Des sanctions économiques de la CEDEAO, de la France, de l’UE et des États-Unis, ainsi qu’une suspension de l’aide internationale et de l’accès aux marchés financiers régionaux, ont suivi. Sur la base de données les plus récentes disponibles, jusqu’à mi‑2025, quel bilan peut-on faire sur le plan économique.
Le régime Tiani peut se targuer de bonnes performances, en occurrence la croissance du PIB de ce pays en 2023, (pays sous sanctions), la croissance a chuté à environ 1.2 %–2.5 %, contre une projection antérieure de 6–7 %.
En 2024, l’économie du Niger rebondit fortement, avec une croissance comprise entre 8.4 % selon la Banque mondiale. Cette croissance est portée par le lancement des exportations de pétrole, une bonne récolte agricole et une forte relance de l’industrie extractive (uranium, or).
Pour 2025, une croissance robuste est attendue autour de 7.4 % à 7.9 %. Elle est stimulée par l’exploitation pétrolière à pleine capacité, une agriculture résiliente et la réouverture du corridor commercial vers le Bénin.
Les efforts relatifs au déficits budgétaires ont favorisé la réduction progressive de 5 % du PIB en 2023 à 3 % en 2025.
Toute cette dynamique a été financée en grande partie par des sources coûteuses et des financements régionaux limités.
...EFFORTS, MAIS EFFETS TOUJOURS ATTENDUS
Il faut souligner la réduction d'environ 40 % de réduction du budget de l'Etat comparativement à celui du pouvoir Bazoum.
Mieux, certains projets structurants comme le barrage de Kandadji sont suspendus, tandis que l’approvisionnement électrique est perturbé par l’arrêt des livraisons depuis le Nigeria.
En outre, il faut évoquer l'inflation et les finances publiques en difficultés.
En 2023, l'inflation a été modérée et était de l'ordre de 3.7 % à 4 %, et causée en partie par la contraction de la demande et un accès limité aux importations.
En 2024, l’inflation est montée jusqu’à 9 %, en particulier à cause de la hausse des prix alimentaires suite aux perturbations d’approvisionnement.
En 2025, l'inflation a été en recul, grâce à une meilleure saison agricole et la stabilisation des prix alimentaires.
L'endettement public a été autour de 50 % du PIB en 2023, avec un risque de surendettement élevé selon les évaluations du FMI et de la Banque mondiale.
CONTEXTE FAVORABLE...
Les effets du lancement des exportations pétrolières, via le pipeline Niger‑Bénin, ont été indéniables.
En effet, mis en service fin 2023, la production de l’ordre de 30 millions de barils en 2025, représentent jusqu’à 25 % du PIB ou la moitié des recettes fiscales estimées.
Sous Tiani, il y a la relance de l’activité minière. Ainsi, il y a une forte progression de la production industrielle (plus de 400 % d’augmentation des secteurs mines et industries au quatrième trimestre 2024), notamment grâce à l’uranium et à l’or.
Il faut également mettre un accent particulier sur la bonne saison agricole 2024. Avec une croissance de la production des cultures alimentaires de 11 à 19 %, cette statistique contribue de façon significative à la croissance du PIB et à la réduction de l'extrême pauvreté.
...PAS ENCORE LE BOUT DU TUNNEL
Il faut faire remarquer la baisse de l’aide et l'arrêt de la coopération. En effet, l'arrêt des financements occidentaux et l'incapacité à compenser pleinement via le nouveau tournant diplomatique souverainiste, n'a pas favorisé les choses.
Il faut indexer le secteur bancaire sous tension, avec un taux élevé de créances irrécouvrables (jusqu'à 24 %).
Il y a aussi une faible solvabilité (près de 10 %) et l'accès restreint aux marchés de capitaux régionaux.
Quant à la structure économique, elle est encore fragile avec la dépendance excessive au pétrole et à l’agriculture pluviale, exposée aux chocs climatiques, avec peu de diversification industrielle réelle.
L'isolement régional suite au retrait du Niger de la CEDEAO en début 2025 et son intégration à l’Alliance des États du Sahel (AES), cette situation réduit les échanges commerciaux avec les pays voisins, malgré les tentatives de compenser via un alignement sur de nouveaux partenariats.
Le financement public est très dépendant de prêts coûteux de partenaires alternatifs tels que la Chine ou la Russie.
La dette est en souffrance, avec plusieurs défauts de paiement (≈ 500 M$).
Les klaxons souverainistes du régime Tiani ne suffisent pas pour le moment pour assurer l'embellie.
Ibrahim DIALLO
lafriqueenmarche du 26 juillet 2025 No 962


