Lisez désormais tous les vendredis l'analyse de Yacine HASSAN sur un sujet de géopolitique.

Des miliciens béninois seraient aux côtés de l'armée du Nigeria pour combattre les terroristes et bandits armés au Nord Nigeria. Ce sujet est de plus en plus mis en exergue par des groupes de recherche indépendants très crédibles même si au ministère de la Défense du Nigeria, on garde le silence.

La vague d'informations recueillies relativement au recours par l'Armée du Nigeria aux miliciens béninois, qui a eu l'effet d'une bombe, émane des structures de recherche très respectables sur l'échiquier international.

Parmi ces structures, on peut mettre en exergue Clingendael, l'Institut néerlandais des relations internationales. On a également l'Institut d'Études de Sécurité (ISS Africa) sans oublier le Centre d'études stratégiques de l'Afrique (Africa Center For Strategic Studies)

Ces boîtes d'investigations sur la participation de civils béninois à des milices d'autodéfense en collaboration avec les forces armées du Nigeria, ont fait un travail d'analyse et de documentation.

Ces analyses mettent en lumière l'existence de milices et de groupes de chasseurs traditionnels opérant dans les zones frontalières (complexe W-Arly-Pendjari), agissant parfois de manière informelle ou transfrontalière pour apporter une aide non moins négligeable à l'armée du Nigeria face au terrorisme.

PAS DE DOUTES

L'opinion publique dans ces deux pays qui continuait de douter de la véracité de cette présence de ces miliciens béninois est désormais fixée.

Alors que le Nord Bénin est attaqué par des terroristes depuis quelques années, que des Béninois aillent soutenir l'armée du géant voisin est une assertion qu'on ne saurait mettre en doute.

L'Armée nigériane coopère donc activement avec des milices béninoises anti-djihadistes sur le territoire nigérian pour freiner l'avancée des terroristes du Sahel.

COOPÉRATION MILITAIRE INFORMELLE

Cette annonce de la coopération militaire informelle entre l'armée du Nigeria et des miliciens béninois sur le territoire nigérian, suscite des interrogations.

POURQUOI CETTE ALLIANCE ?

A-t-elle été validée officiellement par le commandement militaire du Nigeria? Quels sont les objectifs de cette collaboration bilatérale transfrontalière?

Cette alliance stratégique répond à une urgence sécuritaire immédiate. En effet, avec la menace du JNIM (GSIM) le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, qui a étendu son influence au-delà des parcs nationaux béninois (comme le Parc W) pour revendiquer ses premières attaques majeures dans le Nord-Ouest du Nigeria (États de Kebbi et Sokoto), il y avait urgence à impulser une telle dynamique.

Mieux, le Nigeria est confronté également au banditisme transfrontalier. En effet, les réseaux de criminels armés et les bandits utilisent les couloirs de transport transfrontaliers. Pour cela, il fallait recourir aux miliciens béninois pour empêcher ces groupes de bandits d'opérer entre le Bénin et le Nigeria.

Des sources sécuritaires nigérianes crédibles mais sous anonymat reconnaissent que face a cette interconnexion des groupes sahéliens et des bandits locaux, le ministère nigérian de la Défense ne s'est pas opposé à ce plan d'urgence de recours aux miliciens béninois.

QUI SONT SES MILICIENS BÉNINOIS ?

Aux côtés de l'armée du Nigeria pour combattre les terroristes et bandits armés au Nord Nigeria, qui sont ses miliciens béninois ? Sont-ils payés ? Combien sont-ils?  

Contrairement à ceux qui utilisent le terme de "miliciens", les concernés parlent de : « Membres de groupes transfrontaliers d'autodéfense et de vigilance communautaire.».

Originaires du Bénin, ils viennent principalement des zones frontalières du Nord-est du Bénin, en particulier des départements de l'Alibori et du Borgou (proches de l'État de Niger et de la zone du lac Kainji au Nigeria). 

Ce sont souvent des chasseurs traditionnels ou des civils locaux qui partagent des liens communautaires et culturels étroits avec les populations nigérianes de l'autre côté de la frontière.

Leur rôle aux côtés de l'armée du Nigeria consiste à répondre à la menace grandissante des terroristes du JNIM et groupe de bandits armés (Ansaru) qui utilisent les parcs nationaux frontaliers (Kainji, Parc W) comme refuges. 

Leurs rôles clés incluent surtout le renseignement humain. Connaissant parfaitement les coins et recoins de la frontière, en somme la topographie transfrontalière, ils guident l'armée nigériane.

ACTIFS POUR LES RAIDS PRÉVENTIFS

Les membres de ces groupes d'autodéfense participent directement à des combats et des opérations de ratissage pour déloger les bases logistiques des bandits.

Mieux, la traque des informateurs permet à l'armée du Nigeria de cibler les complicités locales au sein des campements isolés.

LES BÉNINOIS SONT-ILS PAYÉS ?

Officiellement, les porteurs d'eau béninois transfrontaliers agissent avant tout comme des volontaires communautaires pour protéger leurs propres terres et familles de l'extension de la violence. 

Il n'existe aucun salaire officiel ni grille tarifaire publique pour ces combattants béninois. 

Cependant, selon les investigations de sources indépendantes crédibles, leurs contributions relèvent de la mobilisation locale d'autodéfense. 

Ils reçoivent souvent des appuis (en nourriture, carburant ou munitions) lors des opérations conjointes avec l'armée nigériane.

Ces compensations informelles varient d'une mission à l'autre.

En clair, il y a des certitudes relatives à la coopération militaire informelle  entre l'Armée du Nigeria et des Béninois qui participent à des groupes d'autodéfense contre les terroristes et les bandits armés.

COOPÉRATION MILITAIRE INFORMELLE, AVANTAGE OU DANGER ?

La coopération militaire informelle entre l'armée du Nigeria et des civils béninois est-ce un danger ou un avantage au profit de la lutte contre le terrorisme entre les deux pays ?  

En effet, la collaboration transfrontalière entre les groupes béninois d'autodéfense et l’armée nigériane face au terrorisme représente un couteau à double tranchant, oscillant entre l'avantage tactique immédiat et le danger structurel à long terme.

Avouons-le, même si cette coopération militaire informelle entre l'armée du Nigeria et les Béninois a des avantages et ce pour plusieurs raisons.

D'ABORD, on a l'efficacité du terrain. En effet, grâce aux Béninois, l'armée du Nigeria tente d'avoir une connaissance parfaite des zones frontalières et des pistes cyclables ou pédestres souvent invisibles pour les armées régulières.

ENSUITE, il y a le  renseignement humain. En effet, intégrés aux communautés locales, ces combattants captent les signaux faibles, les mouvements suspects et les complicités internes bien avant les services secrets formels.

EN OUTRE, il y a la guerre asymétrique. Face à la flexibilité des groupes terroristes, la souplesse opérationnelle des groupes d'autodéfense, offre une capacité de riposte instantanée sans la lourdeur de la chaîne de commandement militaire.

Il faut également souligner le rôle de bouclier communautaire. Leur présence renforce le sentiment de sécurité des populations locales, qui collaborent plus volontiers avec des visages familiers qu'avec des forces armées perçues comme extérieures.

LES DANGERS DE CETTE COOPÉRATION MILITAIRE INFORMELLE

Cette collaboration entre l'armée du Nigeria et les Béninois est à condamner. 

D'ABORD, cette coopération militaire informelle est un déficit de légitimité. En effet, l'usage de la force par des acteurs non étatiques affaiblit l'autorité régalienne des États et fragilise le droit international humanitaire.

ENSUITE, il y a l'absence de doctrine. En effet,  contrairement aux soldats professionnels, ces miliciens ne sont pas formés au droit de la guerre, ce qui augmente le risque de bavures, de représailles communautaires et d'exactions.

EN OUTRE, on a les alliances volatiles. En effet, l'histoire des conflits montre que les groupes d'autodéfense peuvent facilement changer d'allégeance en fonction des opportunités financières ou des tensions ethniques.

ENFIN, armer ou légitimer des civils aujourd'hui crée les conditions d'une instabilité future, ces groupes pouvant refuser le désarmement après la crise et se muer en réseaux criminels ou en mouvements rebelles.

Face au terrorisme entre la frontière Nigeria-Bénin au Nord/est, l'armée du  Nigeria et les miliciens béninois à coeur joie chantent des cantiques.

Yacine HASSAN 

L'Afrique en marche du 30 octobre 2026 No 1284