Lisez désormais tous les jeudis "Espace Qatar-Afrique" par Mustapha MUTARI correspondant au Qatar 

Qatar National Bank (QNB) et Qatar Islamic Bank (QIB) sont deux grandes banques du Qatar qui jouent depuis quelques années un rôle de premier plan dans les économies d'Afrique.

L'expansion et l'impact de ces deux grands groupes bancaires que sont Qatar National Bank et Qatar Islamic Bank dans les économies d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne n'est plus à démontrer.

L'expansion des institutions financières qataries sur le continent africain s'inscrit dans une double logique.

D'abord, leur rôle dans l'inclusion financière et le financement des PME africaines est à souligner.

Ensuite, il s'agit de diversifier les investissements souverains du Qatar hors des hydrocarbures et capter le potentiel de croissance de marchés africains à fort besoin de bancarisation.

À travers des géants comme la Qatar National Bank, premier groupe financier de la région avec des actifs de près de 382 milliards de dollars, sans oublier Qatar Islamic Bank (QIB), Doha déploie une stratégie ciblée. 

Si l'Afrique du Nord bénéficie d'implantations directes massives, l'Afrique subsaharienne est quant à elle principalement concernée par des participations stratégiques de premier plan, avec un impact croissant sur le financement des PME et l'inclusion financière.

MODES OPÉRATOIRES 

PREMIÈREMENT, l'ancrage des banques qataries en Afrique repose sur deux modes opératoires distincts selon la maturité et la proximité géographique ou culturelle des marchés.

Par exemple, Qatar National Bank en Afrique du Nord a opéré une acquisition à 100 % de la NSGB en Égypte (devenue QNB Al Ahli) sans oublier QNB Tunisia.    

ENSUITE, on a le financement corporatif, la dette souveraine et la restructuration des portefeuilles PME.

Qatar National Bank en Afrique subsaharienne    contribue à la prise de participation stratégique majeure (23,5 %) dans Ecobank Transnational Incorporated (ETI), basée à Lomé.    

Quant à Qatar Islamic Bank, en Afrique du Nord et au Sahel, elle a des partenariats et fenêtres de finance islamique avec des Banques participatives.

On peut également noter l'Inclusion par les produits de la finance islamique (Murabaha, Musharaka) pour les populations exclues du système classique.

FINANCEMENT DES PME AFRICAINES

Le rôle de ces banques du Qatar dans le financement des PME africaines permet de surmonter souvent le déficit de financement des PME, qui reste l'un des freins majeurs au développement en Afrique. 

Les groupes bancaires qataris agissent principalement à travers deux canaux.

D'ABORD, il y a le levier égyptien de QNB Al Ahli en Égypte (deuxième économie du continent), où QNB Al Ahli est devenue l'un des plus grands réseaux bancaires privés. 

Pour répondre aux directives de la Banque centrale égyptienne, QNB a massivement réorienté ses lignes de crédit vers les PME locales en proposant des prêts à taux bonifiés, des programmes d'affacturage et des services de conseil pour la numérisation des entreprises.

ENSUITE, le canal Ecobank en Afrique subsaharienne est à mettre en exergue.  Plutôt que de bâtir un réseau de succursales à partir de zéro, QNB s'appuie sur le maillage d'Ecobank (présente dans plus de 35 pays africains) pour atteindre certains de ses objectifs. 

Grâce à l'apport de liquidités à long terme de son actionnaire qatari, Ecobank a pu amplifier ses programmes dédiés aux PME, notamment le commerce transfrontalier et le financement des chaînes d'approvisionnement agricoles.

IMPACT SUR L'INCLUSION FINANCIÈRE 

L'accès aux services financiers de base progresse en Afrique. Cet accès est stimulé par les investissements qataris sous deux formes.

PREMIÈREMENT, on a la transformation digitale et la Fintech.

Via son partenariat avec Ecobank, QNB soutient indirectement l'essor de la banque mobile (Mobile Banking). 

Ecobank a développé une application financière panafricaine majeure, permettant à des millions d'Africains non bancarisés d'ouvrir des comptes instantanés, d'épargner et d'effectuer des paiements sans succursale physique.

ENSUITE, on a l'introduction de la finance islamique participative. 

En effet, Qatar Islamic Bank (QIB) et d'autres institutions de Doha promeuvent la finance islamique comme alternative d'inclusion financière. 

Dans des régions à forte population musulmane comme le Maghreb ou l'Afrique de l'Ouest, une part importante de la population reste en marge du système bancaire traditionnel pour des raisons éthiques ou religieuses.

L'introduction de produits de microfinance islamique (comme la Murabaha pour l'achat d'équipements par les micro-entrepreneurs) permet de réintégrer ces agents économiques dans le circuit formel.

CEPENDANT, DÉFI À RELEVER 

Malgré des succès notables, l'impact des banques qataries se heurte à plusieurs défis structurels.

On peut citer la concentration sur les grands comptes. En Afrique du Nord, une grande partie des actifs de la QNB reste fléchée vers les grandes entreprises publiques, les projets d'infrastructure ou l'achat d'obligations d'État. Ce qui limite l'effet de ruissellement vers les très petites entreprises (TPE).

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Il y également des risques macroéconomiques.  Les crises de change (notamment la forte dévaluation de la livre égyptienne ces dernières années) pèsent sur les performances financières. Ce qui incite parfois à la prudence dans l'octroi de nouveaux crédits locaux.

En outre, on peut souligner la pénétration encore timide de la finance islamique. En effet, en  Afrique subsaharienne, les cadres réglementaires pour les banques participatives restent souvent rigides ou inadaptés.

Ce qui ralentit le déploiement des solutions de la QIB en dehors de quelques hubs clés.

L'expansion financière du Qatar en Afrique fait de Doha un partenaire hautement stratégique, agissant comme un catalyseur de capitaux. 

Si la QNB consolide les infrastructures bancaires existantes et soutient indirectement l'inclusion de masse, l'enjeu des prochaines années résidera dans sa capacité à concevoir des produits de crédit direct mieux adaptés au secteur informel africain.

L'Afrique en marche du 29 octobre 2026 No 1283