Un an après avoir condamné à mort Joseph Kabila, l'ex président de RDC, les deux plus illustres patrons de la justice militaire de ce pays sont décédés dans le crash de leur avion. Peut-on parler d'un simple accident d'avion ou d'un sabotage ?
Il est actuellement impossible de trancher de manière définitive entre un simple accident technique et un sabotage.
Le crash de l'avion de type Let 410 s'est produit le vendredi 25 septembre 2026 près de Kenge (province du Kwango).
Ce crash a coûté la vie à 17 personnes, dont les deux plus hauts magistrats militaires de la République démocratique du Congo.
Il s'agit du lieutenant-général, Joseph Mutombo Katalay (président de la Haute cour militaire) et du lieutenant-général, Lucien-René Likulia (auditeur général).
Le lieutenant-général Likulia avait effectivement porté le réquisitoire ayant conduit à la condamnation à mort par contumace de l'ex-président, Joseph Kabila en septembre 2025.
HYPOTHÈSE D'UN ACCIDENT TECHNIQUE

Le général Joseph Mutombo Katalay occupait la fonction de premier président de la Haute cour militaire
Au titre d'éléments connus permettant d'analyser la situation, on peut d'abord déplorer l'état critique de l'aviation en RDC.En effet, le secteur aérien congolais est tristement célèbre pour sa dangerosité. La flotte aérienne de ce pays est entièrement inscrite sur la liste noire de l'Union européenne en raison de la vétusté de ses appareils.
Mieux, faut-il évoquer le manque de maintenance et la défaillance des infrastructures aéroportuaires.
Tout cela fait que les accidents de petits porteurs et d'avions de fret y sont fréquents.
En outre, selon les témoignages concordants dans la localité de Kenge, lieu de ce crash ce 25 septembre, l'appareil de la compagnie "Tracep Congo Aviation" éprouvait de graves difficultés à tenir son cap dans le ciel avant le crash.
Le pilote aurait désespérément cherché un endroit où atterrir dans une zone dépourvue de piste avant de s'écraser dans une concession privée.
SOUPÇONS DE SABOTAGE ET HISTORIQUE DES CRASHS
Les éléments alimentant la thèse du sabotage ou du complot sont dus au profil des victimes.
En effet, ce crash décapite littéralement la tête de la justice militaire congolaise. La mort simultanée des deux hommes clés derrière des dossiers ultra-sensibles de sûreté de l'État (comme le procès Kabila ou celui des généraux accusés de lâcheté au Nord-Kivu) suscite inévitablement des soupçons de règlement de comptes politique ou militaire.
Au titre de l'historique de crashs non élucidés, en RDC, cet accident d'avion impliquant des figures politiques majeures n'est pas le premier.
On peut rappeler l'accident qui a engendré la mort de Augustin Katumba Mwanke, éminence grise de Joseph Kabila, dans un crash en 2012. Depuis lors, de lourdes zones d'ombre ont plané et n'ont jamais totalement été éclaircies par les enquêtes.
DÉCISION GOUVERNEMENTALE
Le général Lucien-René Likulia Bakumi assumait la fonction d'auditeur général des FARDC.
Face à l'ampleur des spéculations, les autorités ont pris des mesures immédiates.
Le président Félix Tshisekedi a exprimé sa profonde douleur et a ordonné une enquête approfondie pour faire toute la lumière sur les circonstances du drame.
Le ministère des Transports a annoncé la suspension à titre conservatoire de la compagnie "Tracep Congo Aviation" en attendant les conclusions des enquêteurs.
Seule, l'analyse des débris et celle des documents de maintenance et des boîtes noires permettront de valider une défaillance technique ou de révéler un acte criminel.
À titre de rappel, le général Joseph Mutombo Katalay et le général Lucien-René Likulia Bakumi assumaient directement les hautes fonctions ayant mené à la condamnation à mort de Joseph Kabila.
En tant que piliers de la plus haute juridiction militaire congolaise, leurs rôles respectifs ont été déterminants lors du procès par contumace de l'ancien président en septembre 2025.
Le général Joseph Mutombo Katalay occupait la fonction de premier président de la Haute cour militaire. C'est lui qui présidait les débats et l'instance qui a prononcé la sentence de mort.
Le général Lucien-René Likulia Bakumi occupait quant à lui, la fonction d'auditeur général des FARDC (le procureur général de l'armée). Ses services et lui-même portaient l'accusation et avaient requis la peine capitale contre l'ancien chef de l'État pour trahison et crimes de guerre.
Les deux hauts magistrats militaires ont péri aux côtés de 12 membres de leur délégation et de l'équipage lorsque leur appareil a connu des difficultés avant de s'écraser dans la province du Kwango.
Yacine HASSAN avec la collaboration de notre correspondant en RDC.
L'Afrique en marche du 28 septembre 2026 No 1260

