On connaît le phénomène des "Kulunas". Face à la montée de ce phénomène de banditisme urbain, le Service national comme un cadre de reconversion ne semble-t-elle pas combler les attentes?
« Là-bas, j’étais perdu. Ici, j’ai appris à me lever tôt, à travailler la terre, à vivre sans violence. J’ai même découvert que je pouvais être un leader autrement.», tel est le témoignage d'un ex "Kuluna" reconverti au Service national.
..."ÉCOLE DE 2 ÈME CHANCE"
Des histoires comme cette dernière nourrissent l’espoir que cette stratégie puisse porter ses fruits sur le long terme. Certains jeunes, après leur passage au Service national, ont pu ouvrir de petits ateliers ou travailler dans des coopératives agricoles, participant activement à l’économie locale.
Agriculture, maçonnerie, mécanique, couture, menuiserie, etc...ces différents secteurs d'activité selon les autorités, ont accueilli et intégré plus de 8 000 jeunes à ce programme, dont une bonne partie issus de milieux à haut risque de délinquance.
« C’est une école de la deuxième chance », affirme le général Jean-Pierre Kasongo, commandant du site de Kaniama-Kasese. « Nous voulons former des citoyens utiles, responsables et fiers de contribuer à la reconstruction du pays.»
UN CADRE IDÉAL DE RECONVERSION...
Lancé à nouveau en 2019, le Service national est devenu un cadre privilégié de reconversion pour les anciens "Kulunas". À travers des centres d'encadrement situés notamment à Kaniama-Kasese dans le Haut-Lomami, ces jeunes sont retirés de la rue, soumis à une discipline rigoureuse, et formés dans des domaines utiles à la société.
En effet, face à la persistance du banditisme urbain et à l’insécurité dans les grandes villes congolaises, notamment à Kinshasa, le gouvernement congolais, a misé sur une stratégie de réinsertion sociale des jeunes délinquants, principalement les "Kulunas", à travers leur enrôlement au Service national.
Le gouvernement, conscient que la seule réponse sécuritaire ne suffit pas, a opté pour une approche globale : la réhabilitation par la formation et la responsabilisation.
...EN DÉPIT DES CRITIQUES
Cependant, cette approche qui allie discipline militaire, formation professionnelle et rééducation sociale, suscite des débats nourris.
Si de nombreuses voix saluent cette politique de réinsertion proactive, des critiques demeurent. Certains dénoncent des méthodes parfois autoritaires, un manque de suivi post-formation, ou encore l’insuffisance des structures d’accueil face à l’ampleur du phénomène.
Les ONG appellent à une véritable politique sociale de prévention, basée sur l’éducation, l’accès à l’emploi et à la santé mentale, pour agir à la racine du problème.
À titre de rappel, le phénomène "Kuluna" est une menace pour la paix urbaine, car ils sont des groupes de jeunes souvent armés de machettes, de gourdins ou d’armes blanches. Ils sont tristement connus pour leurs actes de violence dans les rues, les marchés et les quartiers populaires. Leur présence est associée aux braquages, vols, agressions et assassinats.
Apparus dans les années 2000, ces groupes sont le reflet d’une jeunesse livrée à elle-même, victime de l’exclusion sociale, du chômage massif et du manque de perspectives. D'où le Service national qui a été mis en route.
Le Service national doit se poursuivre en guise de perspectives pour un nouveau départ ou le début d'une transformation.
Ghislain TINDUDU correspondant en RDC
lafriqueenmarche du 2 août 2025 No 968


