Nagnini Kassa Manpo, le SG-CSTB a été le porte-parole de la délégation des travailleurs du Bénin à la Conférence Internationale du travail (CIT) qui s'est tenue à Genève (Suisse) ce 6 juin. Il a délivré une allocution très appréciée par l'assistance. 

« À cause des guerres en Ukraine, à Gaza, au Soudan, en RDC, au Sahel, guerres soutenues par les grandes puissances de l'Otan et de l'UE, les travailleurs sont massacrés, dispersés et affamés...», fait savoir le leader syndical béninois à la tribune de cette auguste assemblée à l'occasion de la 113 ème session de la Conférence Internationale du Travail (CIT).


MESSAGE REMARQUABLE...

Poursuivant son message, il pointe du doigt les causes de ces guerres. Selon lui, l'une des causes découle de  l'accaparement des immenses richesses provenant de la force des travailleurs. 

Ce qui engendre chômage et misère. D'où la situation des plus désastreuses pour les travailleurs.

Il a profité de cette tribune pour mettre en exergue la situation du Bénin où le gouvernement Talon a par un texte de loi, criminalisé la grève.

Contrairement aux timides applaudissements de ceux qui étaient à cette tribune avant lui, la fin de l'adresse du syndicaliste béninois a suscité des ovations nourries de l'assistance


Lisez ci-dessous 👇l'intégralité de son message à Genève.


INTERVENTION DE NAGNINI M.KASSA MAMPO DELEGUE DES TRAVAILLEURS DU BÉNIN EN PLÉNIÈRE  A LA 113 ème CIT À GENÈVE 


Monsieur le Président du Conseil d'administration de l'OIT,

Monsieur le Directeur Général de l'OIT ,

Monsieur le Président de la Conférence ,

Distingués  représentants des Gouvernements, Employeurs, Travailleurs  et autres invités,

L’époque que nous vivons est cruciale. Un monde s’effondre. Un autre monde se lève. De façon plus grave, l’humanité tout entière est au bord d’une guerre mondiale déjà commençante par de nombreux conflits locaux, mais à consonnance mondiale. Nous citons ici la guerre de l’Ukraine, la cruelle guerre ou plutôt le génocide de Gaza perpétré et suivi en direct par le monde entier, guerre que les grandes puissances (OTAN/UE) soutiennent par leur aide ou complicité ; guerre au Liban, au Yémen, au Soudan, en RDC ; guerre au Sahel etc. 

Dans toutes ces guerres, les travailleurs sont massacrées, disloqués, dispersés et affamés.

Les travailleurs du Bénin s’indignent contre le génocide contre le peuple palestinien de Gaza par les sionistes fascistes israéliens et demandent son arrêt immédiat.

Mais quelle est la source  profonde de ces guerres ?

C’est pour la domination du monde. C’est l’accaparement des  immenses richesses. Et quand nous disons richesses, c’est d’abord et avant tout, la force de travail. C’est l’accumulation des biens produits par la force de travail des ouvriers du monde qui constitue les immenses richesses et transformations du moment.

La loi du capitalisme fait que les produits fabriqués par le travailleur se retournent contre lui et le rejettent dans l’extrême précarité, le chômage et la misère. Oui!, telle est la réalité actuelle. La situation de la classe ouvrière n’a jamais été aussi dramatique dans le monde, aussi désastreuse dans l’histoire que maintenant. Depuis  les années 1972 avec le regain du néo-libéralisme de l’Ecole de Chicago (Milton Friedman et  Friedrich Hayek), les acquis de la classe ouvrière sont mis à l’index et leur liquidation est prise en charge par les Institutions  financières internationales : FMI et Banque Mondiale, avec des programmes dits d’Ajustement Structurel et autres balivernes qui ont détruit des générations entières de travailleurs et des millions d’hommes à travers le monde.

Au Bénin, cette situation s’est empirée avec l’arrivée au pouvoir du tout puissant Patron et Président de la République, Patrice Talon. La conséquence, c’est qu’il a tissé des lois anti-travailleurs dans tous les domaines, supprimé les libertés syndicales, criminalisé la grève dont des auteurs peuvent être passibles de peines devant les tribunaux,  malgré l'opposition de l'OIT à travers ses experts qui, en réponse à la plainte reçue des  organisations syndicales du Bénin en 2019, avaient dans leur rapport de  2021 sur le Bénin, demandé expressément au gouvernement de supprimer les nouvelles restrictions liberticides introduites dans la nouvelle loi sur le droit de grève. 

Le gouvernement du Bénin a interdit les marches et autres manifestations pacifiques des travailleurs et des populations. Il fait assaillir et viole le siège des organisations syndicales des travailleurs( Bourse du travail de Cotonou), fait brutaliser et arrêter par sa police, des responsables syndicaux comme ce furent les cas à l'occasion des commémorations du 1er mai 2024 et 2025. Il érige la précarité de l’emploi en système, supprime, à travers la loi sur l’embauche, les contrats à durée indéterminée (CDI) qu’il a remplacés par des contrats à durée déterminée ( CDD à vie), privatise la fonction publique en y créant plusieurs catégories de travailleurs régis par le droit privé, mais  exécutant tous des tâches de l’administration publique (contractuels du droit public de plusieurs types; par exemple une catégorie d'enseignants esclavagisés, majoritaires au primaire et au secondaire, est appelée AME ). Le gouvernement affame par des taxes multiples les travailleurs de toutes catégories etc.  Pour renforcer la misère faite à ces travailleurs, on exclut arbitrairement leurs représentants du Conseil Économique et Social ( CES) et de la Commission Béninoise des Droits de l'Homme(CBDH).

Voilà le défi qui se pose aujourd’hui aux travailleurs du Bénin. Ces travailleurs se lèvent tous les jours pour rétablir ces droits et libertés.

Genève, le 06 juin 2025

Nagnini M. KASSA MAMPO, Secrétaire Général de la CSTB, délégué des travailleurs du Bénin

<< Seul le texte prononcé fait foi>>


lafriqueenmarche du 8 juin 2025 No 927