La Chronique Internationale de Salifou DIAGNE 


Nèma Sagara, général de brigade est aux arrêts depuis quelques jours au Mali. Contre elle pèse une présomption de déstabilisation du pouvoir de Bamako. Sur l'ORTM, la télévision publique malienne, ensuite sur les autres canaux de communication alternatifs, la photo de l'officier a été diffusée dans des conditions détestables. A-t-on besoin de l'humilier autant ?

Cette photo de Nèma Sagara est-elle ancienne ou récente après son interpellation pour tentative de coup d'État? 

En effet, sur cette image du général Sagara qui a fait le tour de l'Afrique et au-delà, elle ressemble à une boniche de l'époque coloniale.

Une panafricaniste africaine aux USA n'a pas hésité à couler les larmes après la diffusion de cette mage de même que celle de son collègue Abass Dembélé. Il ne peut en être autrement.

Pour beaucoup d'Africains, ce qui s'est passé sur le petit écran public malien relève d'une stratégie délibérée policière et gouvernementale d'humilier et d'affaiblir de présumés derrière l’argument officiel de tentative de coup d'État. 


STRATÉGIE DEGRADANTE...

Cette humiliation publique, loin d'être une banalité est une redoutable arme politique. En effet, après leur arrestation, suivie de cette médiatisation calculée, tout porte à croire qu'il faut les briser psychologiquement en attendant la procédure judiciaire, et là encore pour une détention préventive pendant de longues périodes. 

À défaut de mener une perquisition sous l’œil des caméras, à défaut de diffuser des accusations de mœurs, on a choisi de diffuser une photo  déshumanisante. 

Un très proche du régime de Bamako récuse la perspective de toute stratégie qui  s’apparente à une  guerre psychologique. Pour lui: « Même Donald Trump, quelques semaines avant sa victoire à la présidentielle 2024, a eu une photo au tribunal qui a fait le tour du monde...».

« On ne peut donc refuser de passer au marché quand  on est dans une situation carcérale...», dit-il encore.

En Afrique, ce qui se faisait avant avec les opposants classiques publiquement dénigrés, va-t-il devenir la panacée pour avilir aussi les officiers supérieurs ?  


... À QUELLE FIN ?

Avec les opposants classiques, la ligne consistait à faire une perquisition menée de jour sous l’œil des caméras, à diffuser après des accusations de corruption ou saisir les titres de voyage avec  interdiction de voyager.  On a aussi l'interdiction des rassemblements politiques au dernier moment. C'est le cas au Cameroun, au Tchad en République Démocratique du Congo. Au Togo, on a innové en conduisant un jeune leader dans un centre psychiatrique, à la veille d'une manifestation pacifique.

Cette stratégie de déshumaniser totalement des officiers avant leur procès sera contreproductive.

La moisson d'officiers mis aux arrêts peut être vaste et belle. Cependant, elle ne franchira pas les savanes apaisées ou bruyantes selon l'interprétation des donneurs d'ordre.


lafriqueenmarche du 19 août 2025 No 980