Des exilés politiques ont-ils des soucis à se faire dans l'avenir au regard de l'extradition de plus en plus fréquente observée en Afrique? Si les gouvernements "revanchards" sont à la manœuvre, force n'est-il pas de constater le OK des exécutifs "lâcheurs"?

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, Ex patron de la junte au Burkina et président de la République renversé en septembre 2022 et réfugié au Togo, vient d'être extradé au Burkina.  

Avant lui, c'est le Kenya de William Ruto qui a donné le mauvais signal en expédiant au président ougandais, Yoweri Museveni son opposant le plus déterminé. Il s'agit de Kizza Besigye actuellement à la prison de haute sécurité de Luzira à Kampala arrêté à Nairobi et remis à l'Ouganda comme un colis.

En Afrique, ces derniers temps, certains gouvernements ont clairement pour principale action politique, la volonté de "récupérer" leurs opposants en exil. Pour certains gouvernements, il faut empêcher les opposants en exil de récupérer le pouvoir (cas du lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba du Burkina) 

Pour certains exécutifs, il faut empêcher ceux qui ont perdu le pouvoir d'y revenir dans une approche perçue comme une humiliation historique.

CHANGEMENT DE CYCLE : PRIME AU "SYSTÈME DE DÉPOUILLES"

Pour empêcher une telle perspective de revanchard sentiment, des gouvernements africains, orientent leur  diplomatie et leur budget en fonction de cet objectif unique :  l'extradition d'opposants.

Au-delà de cette approche, la politique intérieure se focalise par la "Chasse aux sorcières".

Dans un contexte contemporain et intérieur, on parle de gouvernement revanchard lorsqu'un nouveau pouvoir utilise l'appareil d'État pour cibler systématiquement l'opposition sortante par des poursuites judiciaires ou des audits orientés. Dès l'avènement d'un nouveau régime, on défait brutalement toutes les réformes du prédécesseur, non par idéologie, mais par hostilité personnelle.

Ensuite, on évince les hauts fonctionnaires nommés par l'ancien régime pour les remplacer par des fidèles du fait de ce que des observateurs avisés appellent le "système de dépouilles".

LES VENGEURS FACE AUX TRAÎTRES 

Au nom du pouvoir, certains gouvernements se focalisent sur le passé, il néglige les défis futurs. Aussi, la polarisation fait-elle partie également de la stratégie. Cette dernière divise la société en deux camps irréconciliables (les « vengeurs » contre les « traîtres »).

En résumé, un gouvernement revanchard agit par ressentiment plutôt que par projet constructif. On fait de la réparation d'un préjudice (réel ou imaginaire) le cœur de son agenda.

BOUÉE DE SAUVETAGE 

Pour parvenir à ses fins, les revanchards ont besoin des exécutifs "lâcheurs d'opposants" (on peut faire référence à plusieurs contextes politiques, souvent liés à des critiques sur la manière dont un État traite les dissidents ou les réfugiés politiques). Quand les revanchards exigent l'extradition d'opposants, des  gouvernements acceptent et livrent un réfugié politique à son pays d'origine, où il risque la persécution.

Ces actes sont souvent dénoncés par des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch

Les exécutifs "lâcheurs" ignorent le principe fondamental selon lequel un État hôte doit  protéger suffisamment les opposants étrangers présents sur son sol contre les services secrets de leur pays d'origine prêts à l'enlèvement ou à  l'assassinat.

Le "lâchage" politique est dommageable quand un gouvernement cesse de soutenir diplomatiquement les opposants étrangers pour garder de bonnes relations ou normaliser les relations avec le régime en place. Ce qui vient de se passer dans le cas Damiba au Togo est un précédent dangereux pour les opposants exilés en Afrique.

Radji SANOUSSI depuis les USA

L'Afrique en marche du 23 janvier 2026 No 1100