La Chronique Internationale de Salifou DIAGNE 


Dans certains pays africains, des présidents ont laissé une large part de la gestion du pays à leur entourage proche. Cette pratique suscite des débats sur la transparence et la démocratie. Fragilisés par l’âge ou la maladie, ils ont cependant conservé leur titre et leur statut de président en exercice, même si c'est la gouvernance par procuration qui a droit de cité. Et si on faisait un tour de cette question après la requête d'un opposant camerounais? 

Au Cameroun, il y a quelques jours, l'opposant Akere Muna, candidat à la présidentielle d'octobre 2025, a saisi la Cour constitutionnelle pour dénoncer la gouvernance par procuration au Cameroun. Selon l'opposant camerounais, Paul Biya est là de corps, mais c'est d'autres qui gouvernent à sa place. 

Avant cette requête de l'opposant camerounais, le ministre récemment démissionnaire, Issa Tchiroma Bakary, a dit que le dernier conseil des ministres avec Paul Biya remonte à 14 ans.

Âgé de plus de 90 ans et à la tête du Cameroun depuis 1982, Paul Biya est de plus en plus absent de la scène publique. Ses rares apparitions contrastent avec l’omniprésence de son entourage, notamment du secrétaire général de la présidence et de quelques ministres influents, qui piloteraient de facto les affaires courantes. Pour l’opposition, le pays est dirigé par une "présidence de l’ombre". 


AVANT, NIGERIA, ALGÉRIE...

Hormis ce cas actuel du Cameroun, il y a eu par le passé en Afrique d'autres cas.


Au Nigeria, on peut évoquer le cas de Umaru Musa Yar’Adua, le "président invisible" du Nigeria. 

Élu en 2007, le président nigérian Umaru Musa Yar’Adua a passé une grande partie de son mandat en soins médicaux, notamment en Arabie Saoudite.

Pendant ses absences prolongées, ce sont ses conseillers, ses ministres et son cercle proche qui gouvernaient. 

L’absence d’informations claires sur son état de santé plongeait le pays dans une incertitude institutionnelle, jusqu’à sa mort en 2010.


On peut citer l'Algérie où il y a quelques années, Bouteflika avait un "mandat fantôme". Dans ce pays, la situation a été emblématique avec Abdelaziz Bouteflika, resté au pouvoir malgré un état de santé très dégradé après son AVC en 2013. 

Réélu en 2014, il apparaissait rarement en public, souvent en fauteuil roulant, incapable de s’exprimer. C’est son clan présidentiel composé de proches, de généraux et de conseillers qui prenait les décisions majeures. 

Au bout du rouleau, cette situation a nourri la contestation populaire du "Hirak" en 2019, ce qui a mené à sa démission.


...SANS OUBLIER LE ZIMBABWE ET LE GABON 

La situation de Ali Bongo et le poids de son entourage ont été décriés au Gabon.

En effet, Ali Bongo Ondimba a été victime d’un accident vasculaire cérébral en 2018. Depuis, son état de santé a alimenté les rumeurs et renforcé le rôle des "premiers cercles" autour de lui, notamment sa famille et ses conseillers.

Ainsi, plusieurs décisions majeures auraient été prises par son entourage, accentuant la perception d’un président diminué et d’un pouvoir capté par un clan.

Le Zimbabwe n'a pas été épargné par la situation de Robert Mugabe, le "vieux lion affaibli".

Longtemps considéré comme l’un des plus vieux dirigeants du monde, Robert Mugabe est resté en poste jusqu’à 93 ans. 

Ses dernières années au pouvoir étaient marquées par une forte dépendance vis-à-vis de son épouse Grace Mugabe et de son entourage politique. 

Finalement, c’est l’armée qui a mis fin à son règne en 2017, révélant au grand jour la fragilité d’un système gouverné plus par des clans que par Mugabe lui-même.

Ces cas illustrent une réalité politique récurrente en Afrique. Quand le président est diminué, il y a naturellement la personnalisation du pouvoir et son verrouillage par un clan familial, politique ou militaire.

Si officiellement les présidents restent en exercice en dépit de leur santé ou de leur âge, dans les faits, ce sont leurs proches qui orientent la vie de la Nation. 

Conséquence, c'est une gouvernance sclérosée qui fragilise la transparence, nourrit les crises de succession et alimente les mouvements populaires.

Au regard de cette pratique au Cameroun, il urge de changer de cap pour plus de gouvernance démocratique.


lafriqueenmarche du 27 août 2025 No 987