La Chronique Internationale de Salifou DIAGNE 


Dans la série noire des routes trop meurtrières en Afrique, c'est malheureusement le Bénin qui a eu le mauvais sort ce weekend. Sur l’axe Savè-Glazoué, un bus a dégringolé et englouti dans le fleuve Ouémé. En dépit des secours mobilisés, les nouvelles ne sont pas bonnes. Que faire pour inverser la tendance sur le continent africain ? 

De Johannesburg à Alger, d'Abidjan à Nairobi, d'Accra à Savè, l’année 2025 a été jalonnée de drames routiers impliquant des bus. 

En attendant, nous présentons nos condoléances aux familles endeuillées suite au drame survenu au Bénin ce weekend et souhaitons un prompt rétablissement aux rescapés.


SÉRIE NOIRE SUR LE CONTINENT...

Durant ce mois d'août,  le Kenya semble être en tête des tablettes pour les accidents de bus.

Le 8 août, un bus ramenant des proches après des funérailles s’est renversé dans un fossé près de Kisumu, dans l’ouest du Kenya. Le bilan fait état de 21 à 25 morts. 

La veille de ce drame, le 7 août, un bus de la "Kenya Pipeline Company" a été percuté par un train à un passage à niveau proche de Naivasha, faisant au moins quatre morts. Au Kenya, on a donc eu deux chocs successifs en 48 h.

L'Algérie n'est pas en reste. Un bus a plongé d'un pont à Alger avec 18 morts le vendredi 15 août.

En Côte d’Ivoire, on a déploré un choc frontal sur un axe international qui relie San Pedro au Burkina Faso.Un bus est entré en collision avec un camion-benne. C'était le 3 août dernier avec au moins 16 morts.

Toujours durant ce mois d'août, le Ghana est aussi sur la liste. En effet, ce pays a enregistré deux graves accidents. Le 16 août, il y a eu l’éclatement d’un pneu d'un bus. Ce qui aurait précipité la sortie de route dudit bus sur l’axe Kumasi–Accra, avec au moins cinq morts et plusieurs blessés. Quelques jours auparavant, sur l'axe  Ejisu–Konongo, un accident de bus a fait de nombreuses victimes.

En Afrique du Sud, avant le mois d'août, le 11 mars, près de l’aéroport O.R. Tambo à Johannesburg, un bus s’est retourné après une perte de contrôle. On dénombre 16 morts et des dizaines de blessés.

En juin, au Lesotho, un minibus transportant un groupe de jeunes filles et d’accompagnateurs a pris feu après une collision multiple. Le bilan fait état 11 morts et plusieurs blessés.


STATISTIQUES ALARMISTES...

L’Afrique reste le continent le plus touché au monde par la mortalité routière. Les instances internationales comme l'OMS ne cessent de mettre en exergue les indicateurs alarmistes entre 2023–2025 de l’OMS, en dépit d'une faible motorisation.

Des procès et constats relatifs aux accidents, il ressort que le cocktail mortel évoque comme raisons, vitesse, fatigue des conducteurs, pneus usés, routes dégradées et contrôles insuffisants.

Dans nombre de rapports d’accidents, la survitesse apparaît donc comme la cause principale. En effet, les trajets de nuit et les cadences commerciales favorisent la somnolence au volant. 

Ensuite, L'état des véhicules avec des pneus usés ou éclatés, sans oublier les surcharges et entretiens irréguliers font également fréquemment le lit à ce cocktail funeste.

Les infrastructures défaillantes avec des  chaussées étroites, les nids-de-poule, les glissières absentes, les intersections et passages à niveau mal sécurisés sont autant de "points noirs" identifiés de longue date. 


...ESPÉRER UN CHANGEMENT DE CAP ?

Face à cette situation, plusieurs pays africains annoncent contrôles et actes de gouvernance, des plans d’action et des opérations coup de poing pour inverser la tendance.

Les experts rappellent que les décès routiers sont évitables. Et la vision "Zéro mort" sur la route ne doit être une utopie.

Pour ce faire, il urge d'instaurer dans les pays africains, un système où les erreurs humaines n’entraînent pas la mort.

Cela suppose que les structures étatiques soient efficaces pour contrôler des vitesses adaptées. Ce qui a été possible hors du continent est bel et bien  faisable chez les Africains.

Cette approche n'est pas un rêve irréalisable, à condition que les Etats africains en fassent une priorité stratégique, au même titre que l’éducation ou la santé publique.

La volonté étatique passe également par les limiteurs de vitesse et du tachygraphe obligatoire pour les bus interurbains.

Il faut en outre, sécuriser les points noirs (ronds-points, traversées piétonnes, passages à niveau) avec aménagements et signalisation active.

La professionnalisation de la filière avec une formation continue, s'impose également.

Les contrôles techniques sans oublier la qualité des pneus doivent être dissuasifs puis coercitifs. 

On peut bel et bien finir avec les accidents. Il revient aux usagers africains de surmonter la fatalité et la banalité. Quant aux gouvernants africains qu'ils assument leurs  prérogatives en ce qui concerne les failles de gouvernance en matière de sécurité routière et la fragilité des infrastructures routières. 

Endiguer le cocktail funeste des accidents de bus sur le continent n'est pas de l'utopie. Il revient à chacun de jouer sa partition.


lafriqueenmarche du 18 août 2025 No 979