La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Après son accession au pouvoir le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a profondément redessiné les contours de la gouvernance au Burkina Faso. En matière de trajectoire fulgurante fait-il mieux que Tiani et Goïta?
Ibrahim Traoré adapte-t-il mieux sa gouvernance à une vision sociétale plus pragmatique que Tiani et Goïta ? Tout porte à le croire.
Au Niger, les mutins, les 28 et 29 août 2026, ont failli renverser le général Tiani. Des divisions internes sont apparues alors que la priorité devrait être à la lutte contre le terrorisme qui peine à être gagnée.
Au Mali, le 25 avril dernier, le camp de Kati a été attaqué avec la mort du No 2 du régime, le général Sadio Camara, ministre de la Défense. Et depuis lors, malgré l'étendard des russes d'Africa Corps, la lutte contre le terrorisme n'est pas reluisante.
Face à ses pairs malien et nigérien, le jeune leader burkinabè s'impose aujourd'hui comme la figure politiquement la plus singulière de ce triumvirat sahélien de l'Alliance des États du Sahel.
TRAORÉ AUX ANTIPODES...
Au cœur de l'architecture de l'AES, Ibrahim Traoré bénéficie d'un ancrage institutionnel unique, légitimé par sa popularité.
Cette dernière lui confère une marge de manœuvre considérable pour structurer sa "Révolution" agropastorale, économique et militaire.
Là où ses homologues Goïta et Tiani naviguent entre réformes internes complexes et pressions sécuritaires, Ibrahim Traoré, fait mieux. Certes, on reproche au Burkinabè de centraliser son pouvoir et écartant sans détour les velléités de dissidences internes.
Cependant, Ibrahim Traoré, c'est également une rupture radicale et assumée avec l'ordre ancien sur le plan économique. En nationalisant des secteurs clés, il bâtit un modèle étatique souverainiste destiné à survivre aux turbulences immédiates.
Sa rhétorique anti-impérialiste implacable résonne fortement auprès d'une jeunesse sahélienne en quête de repères et de dignité.
Cependant, ce statut de leader le plus « conforté » de l'AES reste indissociable d'une vulnérabilité structurelle permanente.
...DE GOÏTA ET TIANI
Confronté à un index terroriste critique et à de multiples tentatives de déstabilisation, la solidité du régime de Ouagadougou dépend avant tout de sa capacité à produire des victoires militaires concrètes sur le terrain et à sécuriser ses populations.
Quand Tiani et Goïta sont en difficulté face aux mutations historiques en cours pour convaincre, leur homologue burkinabè est quant à lui passé de l'observation passive à l'engagement conscient.
Même si le pouvoir de Ibrahim Traoré est donc immense dans sa forme, mais il intrinsèquement lié au destin sécuritaire du Sahel.
Dire que Ibrahim Traoré transforme le Burkina Faso et l'AES en véritable laboratoire de l'émancipation sous-régionale, n'est donc pas une vue étriquée de la réalité.
L'Afrique en marche du 29 septembre 2026 No 1261


