L'Editorial de Murielle MENSAH 


La Constitution révisée le 15 novembre dernier a été promulguée le 17 décembre 2025 par Patrice Talon. Entre autres innovations substantielles ou  dispositions nouvelles, cette Loi fondamentale instaure une trêve politique. Cette dernière continue d'être au cœur des débats. À raison ou pas ? 

L’instauration d’une trêve politique suscite à la fois espoirs et contestations.

En effet, la loi n°2025-20, qui étend la durée des mandats présidentiels, législatifs et municipaux de cinq à sept ans, met en place une seconde chambre parlementaire (le Sénat), et introduit aussi une période de trêve politique pour encadrer la vie politique entre deux cycles électoraux. 

Sur le plan constitutionnel, la promulgation met un point final à la phase juridique du processus après la validation complète du texte par la Cour constitutionnelle. 

Cette dernière a rejeté tous les recours intentés contre la révision, y compris ceux portant sur la légalité de la procédure et le contenu de la réforme. 


UN MOT RETOURNÉ DANS TOUS LES SENS...

Qu’est-ce que la "trêve politique" ? Inscrite dans le nouvel article 5.1 de la Constitution, cette expression désigne une période durant laquelle les activités politiques à vocation compétitive sont limitées.

Concrètement, elle court à partir de la date de proclamation définitive des résultats de l’élection présidentielle jusqu’à 12 mois avant la fin du mandat du président élu et des autres élus concernés. 

Pendant cette période, les partis politiques doivent concentrer leurs actions sur la stabilité institutionnelle et la continuité de l’action publique, et non sur des campagnes électorales ou des manœuvres compétitives. 

Patrice Talon a défendu cette disposition lors de sa conférence de presse au lendemain de la promulgation comme une réponse à la « campagne électorale permanente » qui caractérisait auparavant le cycle politique béninois.

"Trêve politique" est donc désormais dans le marbre. Certains applaudissent et estiment qu’elle favorise une démocratie plus apaisée et une gouvernance efficace.

Mieux, ceux qui ovationnent cette trêve jurent qu'elle permettra de concentrer l’énergie politique sur l’évaluation des actions publiques, la proposition de solutions durables et la cohésion nationale plutôt que sur la confrontation permanente des partis. 

En outre, entre enjeux électoraux et politiques, la trêve politique introduit une rupture claire entre l’exercice du pouvoir et la compétition politique. C'est une sorte de cessez-le-feu. 

Dès lors, pour les partisans de la réforme,  elle instaurera un cadre plus stable pour les électeurs et les institutions, en minimisant les conflits ouverts en dehors des périodes électorales officielles. 


...NON, DISENT LES AUTRES

Cependant, cette notion est au centre de fortes controverses politiques. Des voix critiques estiment qu’elle pourrait restreindre la liberté d’expression et d’opposition sur une longue période, empêchant toute critique constructive ou mobilisation politique hors période électorale.

Pour ceux qui critiquent cette trêve, c'est une mesure potentiellement susceptible d’étouffer l’opposition et de donner trop d’avantages au pouvoir en place. 

Cette controverse s’inscrit dans un contexte général qui  ravive le débat sur l’équité du processus électoral, donc une réforme dans un contexte national sensible.

Ainsi, si la trêve politique est présentée par ses partisans comme une réponse institutionnelle pour pacifier la vie politique, elle pourrait aussi façonner durablement la dynamique des prochains scrutins après les élections générales de 2026. En clair, dans la droite ligne de la trêve politique, il faut attendre 2032 pour un nouvel élan, soit à un an des élections générales de 1033.

La promulgation de la Constitution intervient peu après une tentative de coup d’État déjouée le 7 décembre 2025, qui a profondément marqué le climat politique national. 

Après ces contingences de tentative de coup d'État, et si la trêve politique semble davantage resonner comme un appel à une large consultation pour renforcer le dialogue démocratique? 


lafriqueenmarche du 22 décembre 2025 No 1073