La Chronique Internationale de Salifou DIAGNE
Les spécialistes d’invectives et de déclarations tapageuses dans les partis présidentiels contre des anciens présidents sont de plus en plus légions en Afrique. En RDC, en Côte d'Ivoire, au Bénin, en RDC... des éruptions verbales se multiplient contre d'anciens présidents. Et si cette stratégie était un couteau à double tranchant ?
« Si le président Patrice Talon devait poursuivre tous les cas de mauvaise gestion, l’ancien président Boni Yayi serait aujourd’hui derrière les barreaux. », a récemment déclaré au Bénin sur un plateau télé, Janvier Yahouédéhou, ministre-conseiller. C'est une sortie tonitruante qui fait encore des vagues à Cotonou.
Outre ce cas béninois, en Côte d'Ivoire, l'ex président, Laurent Gbagbo, leader du PPACI n'est pas épargné. À quelques jours de la présidentielle d'octobre prochain, il est insulté à longueur de journée par des ténors de la mouvance présidentielle du RHDP. Pour le rôle capital de barrage contre un scrutin exclusif, le président Gbagbo reçoit tous les noms d'oiseaux.
Au Nigeria, l'ex président Olusegun Obasanjo a pris la défense de Aliko Dangote. En effet, face au non-respect du contrat de livraison de barils de pétrole à la méga raffinerie de Dangote à Lekki, Obasanjo a dénoncé les velléités de sabotage du business plan de l'homme le plus riche d'Afrique par ses propres compatriotes. Durant des jours, il a fait l'objet d'un déchaînement de haine de la part de certains ténors de l'entourage du président Tinubu.
En RDC, les ténors de la majorité présidentielle ne laissent pas le temps à la justice de mener les poursuites contre Joseph Kabila, l'ex président, accusé de connivence avec les seigneurs de guerre du M23 et de l'AFC.
À la place de la justice, sur les plateaux télé, on assiste à un "procès" à charges avant le procès, où insultes et dénigrements ont droit de cité.
TON FORT AU LIEU...
Sur les plateaux télé, dans les médias sociaux, d'anciens présidents africains sont devenus la proie facile de certains mouvanciers.
Parmi ceux-ci, il y a des voix occasionnelles, mais aussi de bruyants habitués des partis au pouvoir en Afrique. En somme, ils se comportent en "spécialistes" de l'escalade musclée.
Qu’ils soient députés, conseillers spéciaux ou militants influents, ils mettent en exergue leur capacité à répondre aux critiques de l’opposition avec un style direct et parfois agressif.
Avec eux, tout est faisable, tout est possible entre invectives, moqueries et déclarations spectaculaires. Cette déclaration contre Boni Yayi au Bénin est à ranger dans cette catégorie.
En Côte d'Ivoire et au Bénin, la présidentielle pointe à l'horizon. Il faut occuper donc le terrain médiatique. Il faut décrédibiliser les adversaires et détourner l’attention sur les sujets sensibles.
Pour reprendre l'éditorialiste Titus Folly : «Partout dans le monde, on est à l'ère des "snipers politiques". Et ceux-ci jouent comme les milieux axiaux en football dans la communication des régimes en place.».
Titus Folly poursuit son analyse et fait savoir que : « La politique africaine comme celle des USA et même européenne, a aussi ce que les Français appellent les "grandes gueules".».
« Il ne peut en être autrement, car l’ère numérique donne une caisse de résonance inédite à ce phénomène. Twitter, Facebook et TikTok servent désormais de tribunes pour multiplier les punchlines, souvent reprises dans les médias traditionnels. Ce qui fait le terreau à un cycle où la polémique, les échanges acrimonieux et surenchères verbales alimentent la visibilité.», dit l'éditorialiste pour conclure.
... D'UN DÉBAT DÉMOCRATIQUE
En Afrique comme ailleurs, le bruit politique reste une arme à double tranchant. En polarisant le débat public, dans le but de souder la base militante autour d’un discours de confrontation, la stratégie n'est pas toujours payante.
Si elle est efficace pour galvaniser la base militante, elle est également et très souvent, néfaste pour construire un dialogue national apaisé.
Mieux, certains des "champions de l’invective", loin de jouir d’une popularité, finissent par se brûler les ailes pour leurs propos jugés excessifs ou déplacés.
En Côte d'Ivoire et au Bénin, en cette veille de présidentielle, que le ton fort ne relègue pas au second plan, les débats de fond sur la gouvernance, l’économie ou la sécurité.
lafriqueenmarche du 14 août 2025 No 976


