La Chronique Internationale par Ibrahim DIALLO
L'impact de l'héritage de François Mitterrand dans la politique française en Afrique est toujours discuté 30 ans après sa mort le 8 janvier 1996. Les approches politiques actuelles, notamment sous Emmanuel Macron, marquent-elles une rupture significative avec l'ère Mitterrand caractérisée par la "Françafrique"?
Après François Mitterrand, on a eu Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron. Si certains éléments de continuité existent (maintien de l'influence française, F.CFA...), la dynamique globale avec Emmanuel Macron, a radicalement changé.
CONTINUITÉ D'INFLUENCE
L'héritage de Mitterrand était plus que notoire avec un paternalisme et et une politique de tutelle du "pré carré".
En effet, François Mitterrand est souvent considéré comme le "dernier empereur" de la Françafrique, au regard de sa vision impérialiste et paternaliste de sa diplomatie
30 ans après sa mort, il y a une continuité de l'influence de Mitterrand. Celui-ci a maintenu des relations privilégiées avec les chefs d'État africains dictateurs, revendiquant un "pré carré" que la France devait conserver.
En faisant le point de l'héritage, il faut rappeler le discours de La Baule (1990). Bien qu'il ait lié l'aide au développement au progrès démocratique, ce discours est souvent perçu comme une tentative de maintenir l'influence française par d'autres moyens plutôt qu'une rupture nette avec le néocolonialisme.
Cependant, avec Emmanuel Macron surtout, il y a des ruptures et de nouvelles approches. Les présidents français successifs ont cherché, avec plus ou moins de succès, à se démarquer de cette politique, face à un sentiment anti-français croissant et au recul de l'influence française sur le continent.
Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Macron, ont chacun en ce qui le concerne redéfinir la relation, souvent en reconnaissant l'arrogance passée et la nécessité d'une approche plus modeste et partenariale.
Au regard du "changement de paradigme" de Macron, l'actuel président, a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'y avait plus de "France-Afrique" et a cherché à rebâtir un partenariat moderne. Cette nouvelle approche se traduit par une réduction de la présence militaire permanente (sauf à Djibouti) après le départ de l'AES, du Sénégal et dans une certaine mesure la Côte d'Ivoire.
Il faut noter une cogestion des futures bases militaires avec les pays hôtes et une diversification des partenariats au-delà des pays francophones traditionnels.
En résumé, si la politique africaine de la France n'a pas connu de révolution totale depuis Mitterrand, cependant, les actions et le discours de Emmanuel Macron représentent une tentative de rupture claire. Avec l'approche centralisée et paternaliste, tout s'adapte à un contexte géopolitique où l'influence française est de plus en plus contestée.
L'Afrique en marche du 19 janvier 2026 No 1094


