La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
En attendant le prochain tour dimanche prochain, on connaît désormais les résultats du 1er tour à Paris depuis le soir de ce 15 mars. Le dimanche prochain pour briguer la succession de Anne Hidalgo, maire sortante, tout se met en branle. Cependant, le paysage politique reste dominé par des figures établies. Ce qui met en lumière la difficulté persistante pour les Africains noirs d'accéder à des positions de premier plan. Doit-on en être surpris ?
Au terme du 1er tour, on a Emmanuel Grégoire (PS/Union de la gauche hors LFI), qui est en tête. Il est soutenu par une alliance inédite dès le premier tour avec les écologistes et les communistes.
En 2 ème position, on a Rachida Dati (LR), qui porte le flambeau "Les Républicains".
Avec ces municipales à Paris surtout, se pose une fois encore la représentation des minorités, et plus spécifiquement des Africains candidats noirs. Malheureusement, les postes de "têtes de liste" sont rares.
FAIBLE POSITIONNEMENT : ENJEUX ET OBSTACLES
Le "faible positionnement" constaté s'explique par plusieurs facteurs structurels. D'abord, il y a le système d'investiture. En effet, les grands partis privilégient souvent des sortants ou des cadres installés de longue date. Ce qui limite le renouvellement et l'ascension de nouveaux profils issus de la diversité noire.
Ensuite, on a les clivages idéologiques. En effet, le débat politique se cristallise autour de l'union des gauches ou des droites. Ce qui laisse peu de place à des candidatures indépendantes ou centrées sur la représentativité d'Africains noirs
En outre, il faut évoquer les polémiques sur la diversité. En effet, des tensions subsistent, comme l'ont montré des critiques récentes sur la perception de la diversité au sein de certains partis. Ce qui rend le parcours des Africains noirs parfois plus complexe.
CANDIDATURE D'AFRICAINS, L'ENCRE INVISIBLE
Dans le grand livre de la cité de Paris, "Ville Lumière", on vante la richesse de la reliure et la diversité des chapitres.
Pourtant, à l'heure d'écrire l'avenir de Paris sur les listes des destins communs, une étrange décoloration frappe les noms. Dès lors, on voit les visages qui bâtissent, nous entendons les voix qui animent, mais au moment du sceau, l’encre semble s’éclaircir jusqu’à l’effacement.
Comment bâtir un horizon complet si l'on ampute le regard d'une partie de sa lumière portée par les Africains noirs ?
La démocratie n'est pas une fresque de nuances choisies, c'est le miroir exact de ceux qui la font vivre les cités surtout dans une ville d'envergure comme Paris.
Ignorer la force de ce pigment dans l'urne, c'est accepter une mosaïque où il manque les pierres les plus solides. On ne peut pas demander à la diversité de se reconnaître dans un portrait où il n'est qu'une ombre en arrière-plan.
L'heure n'est plus à la figuration, mais à la juste proportion. Car une cité comme Paris qui n'imprime pas toutes ses couleurs sur ses bulletins, finit par perdre l'éclat de sa propre vérité.
L'absence d'encre d'origine africaine n'est pas un oubli technique, mais un "effacement" presque injuste.Et si Paris au nom de la réalité du terrain, et par sa lumière, réajustait au prochain scrutin municipal, les portraits sans brandir les chiffres froids du déséquilibre?
L'Afrique en marche du 17 mars 2026 No 1139


