L'Editorial de Murielle MENSAH 


Le modèle démocratique béninois est-il fragilisé suite à la disqualification du duo du parti "Les Démocrates"? Le génie politique béninois est-il compris par une extrême polarisation? 

Le génie politique béninois, est un concept qui a connu un essor depuis la Conférence nationale en février 1990. Au-delà de cet essor, comme objet opératoire, les premières approches le placent au cœur de l’analyse, avec une dynamique qui a semblé fait long feu par l’action.

En effet, depuis la Conférence nationale de 1990, le génie politique béninois reposait sur une capacité historique de compromis. 

Les acteurs politiques savaient dialoguer, négocier, trouver des passerelles, même dans les moments de tension.

Depuis 1990, les forces  politiques évitaient d'exploiter les failles de la loi pour éliminer l'adversaire en lui imposant un plafond de verre.

Or, cette culture du consensus semble s’être effritée. En effet, depuis un certain temps, les positions se sont durcies, la confiance s’est effondrée. 


...À QUI LA FAUTE ?

Pour situer les responsabilités, chaque bord politique accuse l’autre de dérive autoritaire ou d’irresponsabilité.

Pour les premiers accusateurs, ce génie politique béninois est en panne du fait de la volonté délibérée d’écarter les rivaux sous couvert de légalité.

Pour ce camp, le droit électoral est devenu un instrument d’exclusion, loin d'un cadre de compétition loyale. Mieux, le droit est devenu une arme politique.

Pour ce camp, dire que la disqualification du duo du parti "Les Démocrates" illustre bel et bien cette panne du génie national du dialogue, n'est pas exagéré.

En réplique, les autres se défendent et rappellent que la loi est la même pour tous, et que nul ne peut se soustraire aux exigences légales.

Aussi, dénoncent-ils ce qu’ils appellent une "victimisation stratégique". «Qui accuser quand vous ne parvenez pas à déposer le dossier de candidature de votre parti? », soutiennent-ils encore. 


GRAND PERDANT...

Cette situation qui découle de la disqualification du duo du parti "Les Démocrates", laisse un goût amer. 

Beaucoup y voient un affaiblissement de la légitimité du processus électoral, car une élection sans véritable opposition, décrédibilise le scrutin présidentiel et  met le Bénin à la croisée des chemins.

Quel avenir pour la démocratie béninoise après ce qui vient de passer? 

Le Bénin peut-il encore prétendre au titre de  "laboratoire de la démocratie africaine", si ses principales forces politiques ne peuvent même plus se présenter à la compétition présidentielle ?

Il urge que la classe politique béninoise renégocie son formalisme légal, mais trop rigide, qui étouffe sa vitalité démocratique. Le pays doit renouer avec son génie politique, fait de dialogue et d’inclusivité.

Il ne peut en être autrement, car au-delà des querelles partisanes, c’est une question d’image, de confiance et de continuité historique qui se pose.


lafriqueenmarche du 5 novembre 2025 No 1037