La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
L'Afrique se retrouve à la croisée des chemins depuis le 28 février dernier suite au conflit en Iran. Avec cette guerre il y a deux mondes en Afrique, celui des bénéficiaires et de l'autre, ceux qui sont désavantagés par la facture à la pompe. Et si on portait le regard sur ces deux mondes entre ceux qui pleurent et les autres qui sont en joie?
La manne pour les pays producteurs ("Ceux qui sont en joie") sont les Nations exportatrices et qui tireront profit de la flambée des cours du brut, le baril de Brent pouvant atteindre 150 dollars en cas de dommages prolongés aux infrastructures du Moyen-Orient. Ce matin, à l'heure de cet exercice, le baril est légèrement à plus de 100 dollars
CEUX QUI ONT LE SOURIRE
Au nombre des pays africains qui vont profiter de ce conflit pour avoir des revenus accrus, on peut citer le Nigeria, Angola, Libye, Gabon, Algérie, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale...Tous ces pays voient leurs recettes budgétaires augmenter grâce à la hausse des prix de pétrole.
Outre les majeurs, il y a de nouveaux acteurs dans la catégorie de pays producteurs comme le Sénégal, avec son projet "Sangomar". Ce pays va consolider sa position avec l'exportation de millions de barils avec ce contexte de guerre.
L'Algérie aussi va renforcer son rôle de fournisseur fiable pour l'Europe. Avec ce conflit, l'Algérie va augmenter ses exportations de gaz et de pétrole pour endiguer l'instabilité orientale. C'est une alternative stratégique intéressante pour ce pays.
À L'OPPOSÉ, LES AUTRES
Au-delà des pays producteurs, il y a le choc pour les pays importateurs ("Ceux qui pleurent").
À l'opposé, les pays dépourvus de ressources pétrolières, subissent de plein fouet l'inflation importée et les ruptures de stocks.
Ces pays sont déjà confrontés à une inflation galopante. La hausse du coût du carburant se répercute immédiatement sur le transport et les produits alimentaires, menaçant la sécurité alimentaire dans des pays comme le Kenya ou l'Éthiopie.
FIN DES SUBVENTIONS
RISQUES LOGISTIQUES GLOBAUX
Dans plusieurs États africains, la suppression récente des subventions aux carburants expose directement les ménages aux chocs de prix. Ce qui aggrave la précarité.
Cette situation pourrait accentuer le déficit commercial. En effet, des économies comme celle de la Côte d'Ivoire ou du Maroc doivent mobiliser des réserves de change importantes pour maintenir leur approvisionnement énergétique.
Le possible blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 21 millions de barils par jour, fait craindre une paralysie des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Pour l'Afrique, cette crise souligne l'urgence d'une souveraineté énergétique accrue et d'une meilleure intégration des marchés régionaux via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).
CONTINENT À DOUBLE VITESSE
L'Afrique, ce cœur battant du monde, se trouve aujourd'hui au carrefour d'un destin qui ne lui appartient plus tout à fait, mais qu'elle ressent dans chaque fibre de sa terre rouge.
Tandis que les échos d'une guerre en Iran font vibrer l'air, le continent se divise en un murmure complexe, un chant à deux voix.
D'un côté, il y a ceux qui sont en joie. Ce n'est pas la joie du malheur d'autrui, mais celle de l'espoir secret, presque inavouable. Ces pays voient dans ces secousses lointaines, le basculement définitif d'un ordre mondial qui les a trop longtemps oubliés.
Pour eux, chaque faille dans les puissances établies est une fissure par laquelle la lumière de l'Afrique pourrait enfin jaillir.
Quant à la liesse de ceux qui attendent que le sablier se retourne, des pays africains espérent que le chaos d'ailleurs devienne la chance d'ici.
De l'autre, il y a ceux qui pleurent. Ils pleurent parce qu'ils savent que le sang versé, peu importe sa rive, finit toujours par assécher les greniers des plus vulnérables.
Ils pleurent, car ils voient dans le feu de l'Iran, le reflet de leurs propres cicatrices, encore béantes. Ils comprennent que dans un monde interconnecté, le deuil de Téhéran est le deuil de l'humanité, et que chaque bombe qui tombe là-bas fait trembler le prix du pain ici, arrachant un peu plus de dignité aux mains des mères.
L'Afrique regarde l'horizon, entre le sourire de l'ambition et les larmes de la compassion. Elle est cette sentinelle silencieuse qui sait que, dans le grand théâtre des Nations, la joie des uns et la peine des autres ne sont que les deux faces d'une même pièce : celle d'un monde qui cherche son équilibre dans la tempête.
L'Afrique en marche du 13 Mars 2026 No 1137


