La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Le départ des troupes américaines d'Irak soulève une question cruciale. Ne s'agit-il d'un échec cuisant pour les USA dans la lutte contre le terrorisme?
Des centaines de soldats américains sont morts après des décennies d'engagement militaire.
Mieux, après des sacrifices humains et de dépenses astronomiques, les USA se retirent de l'Irak.
Le bilan global pousse légitimement à se demander si tout cela n'a pas été vain. L'histoire se répète, laissant derrière elle un goût amer d'inachevé et un Proche-Orient en quête perpétuelle de stabilité.
L'illusion de la table rase a rapidement laissé place à une réalité implacable. En prétendant déraciner le terrorisme par la seule force des baïonnettes, la stratégie interventionniste a parfois nourri les monstres qu'elle prétendait combattre.
MALGRÉ LA PUISSANCE MILITAIRE...
Les structures étatiques brisées ont servi de terreau fertile à l'émergence de nébuleuses encore plus radicales.
Et après cette intervention américaine, le désert irakien est devenu un laboratoire mondial de l'insurrection.
La force brute a terrassé des dictateurs, mais elle a échoué à extirper les idéologies souterraines qui s'alimentent le chaos.
Le retrait actuel résonne comme l'aveu silencieux d'une impuissance technologique face à l'asymétrie de la foi et de la colère.
Les milliards de dollars investis dans l'armement de pointe n'ont pas suffi à acheter une paix durable ni à bâtir une armée locale hermétique aux divisions confessionnelles.
Ce départ, programmé ou subi, met en lumière le gouffre entre les objectifs affichés de démocratisation et la fragilité d'une souveraineté nationale encore sous perfusion.
Là où le spectre de l'État islamique rôde toujours dans les angles morts du pouvoir, on peut donc parler d'échec. Ce n'est plus une posture critique, c'est le constat d'une asymétrie des gains.
Si des réseaux ont été démantelés et des chefs éliminés, quant à la matrice du terrorisme, elle, s'est simplement déplacée, métamorphosée et franchisée à travers le globe.
Les USA pansent leurs plaies et rapatrie ses forces, tandis que les populations locales héritent d'un paysage fragmenté où la sécurité reste un luxe quotidien.
...UN LABORATOIRE DE L'INSURRECTION LAISSÉ EN HÉRITAGE
Le vide laissé par les soldats américains devient instantanément un espace magnétique pour les influences régionales rivales.
Au final, le sentiment du « tout ça pour ça » s'impose comme l'épitaphe d'une époque de certitudes géopolitiques brisées.
Moralité pour moralité, la lutte contre le terrorisme ne se gagne pas dans le fracas des bombes, mais dans la reconstruction invisible des institutions, de l'éducation et de la justice sociale.
En refermant ce chapitre militaire sans gloire absolue, les États-Unis sont contraints d'admettre que la paix ne s'exporte pas dans les soutes des avions de chasse, mais se cultive patiemment de l'intérieur.
L'Afrique en marche du 30 septembre 2026 No 1262


