Au rendez-vous du jour, la Chronique ci-dessous est intitulée : "LES PREMIERS PAS DU PRESIDENT WADAGNI VERS L’HORIZON SOUS REGIONAL : LA DIPLOMATIE DES PONTS APRES LE TEMPS DES MURS ".
Sans round d’observation, le président du Bénin, Romuald Wadagni, a amorcé un safari de bon voisinage, pour le bénéfice d’un retour des convergences dans notre sous-région ouest-africaine, et ce, par l’intelligence d'une diplomatie de reconstruction. Conscient de ce que, là où renaissent les ponts, le retour du dialogue est possible, il a vu juste en faisant de la réconciliation régionale, un de ses premiers chantiers lumineux.
Après donc sa prise de pouvoir par un discours d’espérance, on peut donc observer que les fruits ont commencé par tenir la promesse des fleurs. « Les Nations n'ont pas d'amis permanents, elles n'ont que des intérêts permanents.». La formule de Lord Palmerston demeure l'un des axiomes les plus cités de la diplomatie moderne.
Pourtant, sur cette terre d'Afrique de l'Ouest où les frontières héritées de l'histoire ont souvent séparé des peuples que la géographie, les langues et les liens familiaux avaient déjà unis, les relations entre États ne se résument jamais entièrement à l'arithmétique des intérêts. Elles relèvent aussi de la mémoire, de la confiance retrouvée et de la capacité des dirigeants à transformer les blessures du passé en promesses d'avenir.
C'est à cette lecture qu'invite la première séquence diplomatique du président Wadagni.
TROIS VOYAGES LOIN D'ÊTRE ANODINS
À peine investi, le nouveau chef de l'État béninois a choisi Abuja, Niamey et Ouagadougou comme premières étapes de son action extérieure. Derrière le protocole des visites officielles, se dessine déjà une géographie du sens, une cartographie politique qui révèle autant une vision qu'une méthode.
Les premiers voyages d'un dirigeant sont rarement anodins. Ils disent souvent ce que les discours taisent encore. Comme l'écrivait André Malraux : « Une politique ne vaut que par les hommes qui la portent et par les horizons qu'elle ouvre ».
En orientant ses premiers pas vers les capitales voisines, Romuald Wadagni a visiblement fait le choix d'une diplomatie des proximités, plutôt que des apparences, d'une politique du voisinage plutôt que du prestige lointain.
WADAGNI AU NIGERIA
Abuja apparaît naturellement comme la première pierre de cet édifice. Le Nigeria n'est pas seulement le géant démographique et économique de la région; il est pour le Bénin une réalité quotidienne. Les flux commerciaux, les mouvements humains, les enjeux énergétiques et sécuritaires tissent entre les deux pays une interdépendance qu'aucune conjoncture politique ne saurait durablement effacer. Montesquieu observait dans L'Esprit des lois que : « L'effet naturel du commerce est de porter à la paix.».
Cette intuition vieille de plusieurs siècles conserve toute son actualité. En choisissant Abuja pour inaugurer sa diplomatie présidentielle, Romuald Wadagni rappelle que la prospérité béninoise demeure intimement liée à la qualité de ses relations avec son puissant voisin.
À L'ÉTAPE DU NIGER...
Mais c'est sans doute l'étape de Niamey qui concentre la plus forte charge symbolique. Depuis plusieurs années, les relations entre le Bénin et le Niger ont connu des épisodes de crispation qui ont profondément affecté les échanges économiques, perturbé les relations humaines et nourri une méfiance inhabituelle entre deux peuples dont l'histoire est pourtant profondément entremêlée. Les fermetures de frontières, les tensions politiques et les incompréhensions diplomatiques ont parfois donné le sentiment d'une fracture durable.
Or l'histoire enseigne que les grandes Nations ne grandissent pas dans l'entretien des ressentiments, mais dans la capacité à les dépasser. Nelson Mandela rappelait que : «Le courage n'est pas l'absence de peur, mais le triomphe sur elle.».
En tendant la main à Niamey, le nouveau président béninois a résolument opté pour le courage diplomatique. Non pas celui de l'oubli, mais celui de la reconstruction.
Car aucune frontière ne peut effacer ce que les peuples ont construit au fil des générations. Les commerçants, les éleveurs, les familles et les communautés de part et d'autre du fleuve Niger ont continué de partager des réalités communes bien au-delà des turbulences politiques. Comme l'écrivait d’ailleurs Cheikh Hamidou Kane : «Nul ne peut vivre seul dans un monde qui devient chaque jour plus solidaire.».
Face à la menace terroriste, aux défis migratoires et aux vulnérabilités économiques qui traversent le Sahel et le Golfe de Guinée, le dialogue cesse d'être un simple instrument diplomatique ; il devient une exigence de survie collective.
...ET CELLE DU BURKINA
Puis vient Ouagadougou, capitale d'un Burkina Faso engagé dans l'une des périodes les plus décisives de son histoire contemporaine. La rencontre avec le capitaine président Ibrahim Traoré s'inscrit dans une autre dimension de cette stratégie régionale : celle de la sécurité partagée et du destin commun, face aux défis qui traversent aujourd'hui l'Afrique de l'Ouest.
Entre le Bénin et le Burkina Faso, les liens ne relèvent pas seulement du voisinage géographique. Ils sont faits de circulations humaines, d'échanges économiques et d'une interdépendance que les menaces contemporaines ont rendue encore plus évidente. La progression de l'insécurité dans certaines parties de la région a rappelé avec force, qu'aucun État ne peut durablement garantir sa stabilité sans la coopération de ses voisins.
Le philosophe français Paul Ricœur écrivait que :« L'avenir se construit sur la capacité des hommes à faire prévaloir ce qui les unit sur ce qui les divise.».
Cette réflexion trouve une résonance particulière dans les relations entre Cotonou et Ouagadougou. Face à l'expansion du terrorisme, aux défis humanitaires et aux fragilités économiques qui en découlent, le dialogue et la coopération apparaissent moins comme un choix politique que comme une nécessité stratégique.
Dans l'Afrique du XXIᵉ siècle, la sécurité est devenue l'une des conditions premières du développement. Sans paix, point d'investissements durables; sans stabilité, point de prospérité partagée.
Le rapprochement entre le Bénin et le Burkina Faso participe ainsi de cette conviction que, les défis contemporains ne connaissent pas les frontières héritées des cartes administratives. Ils appellent des réponses concertées, une confiance mutuelle renforcée et une vision commune de l'avenir régional.
En mon âme et conscience, je puis affirmer du haut de ma tribune de chroniqueur, qu’en se rendant à Ouagadougou, Romuald Wadagni semble ainsi affirmer qu'au-delà des divergences politiques ou des trajectoires institutionnelles propres à chaque pays, demeure une évidence géographique et historique : les destins du Bénin et du Burkina Faso sont profondément liés, et la stabilité de l'un contribue nécessairement à la sécurité et au rayonnement de l'autre.
Cette version met davantage l'accent sur les enjeux sécuritaires, le contexte sahélien et la nécessité du dialogue avec le Burkina Faso, tout en conservant le ton élégant et la profondeur intellectuelle de votre chronique.
Au fond, au-delà des trois destinations, c'est une philosophie diplomatique qui vient d’émerger.
Une diplomatie de réconciliation plutôt que de confrontation. Une diplomatie de confiance plutôt que de suspicion. Une diplomatie qui comprend que le rayonnement d'un pays ne se mesure pas uniquement à l'étendue de ses partenariats internationaux, mais également à sa capacité à inspirer la stabilité et la coopération dans son environnement immédiat.
L'ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, observait avec justesse que : « Nous pouvons aimer ce que nous sommes sans haïr ce que nous ne sommes pas.».
Cette pensée paraît résumer l'esprit de cette séquence inaugurale : défendre les intérêts du Bénin sans renoncer à la solidarité régionale ; affirmer la souveraineté nationale sans s'enfermer dans l'isolement.
Dans une Afrique de l'Ouest traversée par les fractures politiques, les transitions institutionnelles, les défis sécuritaires et les recompositions géopolitiques, ces gestes diplomatiques prennent une résonance particulière.
Ils suggèrent qu'après les années de refroidissement, le temps est peut-être venu de renouer les fils du dialogue, de restaurer les passerelles de confiance et de reconstruire les convergences indispensables au développement régional.
Le rayonnement d'une Nation commence souvent par la qualité de ses relations avec ses voisins. Aristote écrivait déjà que : « Le tout est supérieur à la somme de ses parties.».
Dans le concert ouest-africain, la force du Bénin ne résidera pas seulement dans ses performances économiques ou la solidité de ses institutions ; elle dépendra également de sa capacité à devenir un facteur d'équilibre, un trait d'union entre les peuples et un artisan du rapprochement régional.
En choisissant Abuja, Niamey et Ouagadougou comme premiers jalons de son mandat, Romuald Wadagni adresse un message qui dépasse le cadre protocolaire.
Il affirme que l'avenir du Bénin se construira autant dans les salles de négociation que dans la confiance retrouvée avec ses voisins. Car, selon la lumineuse formule de Léopold Sédar Senghor: « La civilisation de l'universel sera celle de la rencontre et du donner et du recevoir.».
À l'heure où les lignes de fracture semblent parfois l'emporter sur les lignes d'union, la diplomatie béninoise paraît ainsi vouloir renouer avec une vérité fondamentale : les peuples grandissent davantage par les ponts qu'ils bâtissent que par les murs qu'ils élèvent.
Alexis AZONWAKIN
L'Afrique en marche du 2 juin 2026 No 1193

