La Chronique Internationale de Salifou DIAGNE


Le récent appel lancé par le régime Macron à ses ressortissants au Mali de quitter le pays :  « Dès que possible.», continue d’alimenter les débats. La France invoque des raisons sécuritaires liées à la montée des attaques djihadistes et à la détérioration de la situation dans la région. Cependant, cet appel n'est-il pas une stratégie politique déguisée, voire une forme de revanche diplomatique après les tensions persistantes entre Bamako et Paris? Ce départ est-il une mesure de prudence, ou une manœuvre politique de représailles ?

Cet appel de Paris intervient dans un contexte de rupture entre Paris et Bamako. En effet, depuis 2022, les relations entre la France et le Mali se sont nettement dégradées.

Le gouvernement de Transition dirigé par Assimi Goïta, a successivement exigé le retrait des troupes françaises de l’opération "Barkhane", expulsé l’ambassadeur de France et mis fin à la coopération militaire et antiterroriste.

Dans le même temps, Assimi Goïta, a renforcé ses liens stratégiques avec la Russie et les forces du groupe "Wagner".

Au-delà, derrière les justifications officielles, le rappel des Français du Mali s’inscrit dans une guerre d’influence plus large au Sahel. Face à la montée en puissance des partenaires russes, turcs ou chinois, la France semble vouloir marquer son désengagement forcé tout en préservant son image de puissance responsable.

Cette décision d'injonction de départ du Mali marque un tournant dans les relations franco-maliennes, longtemps fondées sur la coopération sécuritaire.

Au regard de ce contexte, dire que la France n’a jamais digéré cette rupture brutale et qu'elle cherche par ce rappel de ses ressortissants, à isoler davantage le régime malien sur la scène internationale, n'est pas une grille de lecture exagérée.


OEIL DE CYCLONE ...

Officiellement, le Quai d’Orsay, le ministère des Affaires étrangères justifie sa recommandation par la dégradation rapide de la situation sécuritaire. Le nord et le centre du Mali sont en effet en proie à de violents affrontements entre l’armée malienne et des groupes armés affiliés à Al-Qaïda.

Le message de départ  immédiat, ressemble à une stratégie diplomatique de pression. Quand le gouvernement Macron dit à ses compatriotes de quitter, c'est de manière subtile surfer sur les vieux sons : « Vous avez voulu la souveraineté totale, assumez désormais votre isolement.».

Évoquer la revanche de Macron, s’appuie sur plusieurs signaux antérieurs. On peut citer la suspension de certaines aides au développement, le gel de la coopération universitaire et culturelle et la fermeture temporaire de plusieurs services consulaires.

Ces mesures, combinées à la recommandation de départ, affaiblissent progressivement les canaux économiques, sociaux et humains qui liaient encore les deux Nations, et ce pour plusieurs raisons.

D'abord, cette décision française, semble bel et bien être comme une tentative d’humiliation.

Ensuite, cet appel au départ des ressortissants sape la confiance internationale dans la stabilité du Mali et dissuade les investisseurs étrangers.

En outre, cet appel du gouvernement français, démontre une posture  revancharde, incapable de tourner la page de son ancienne influence coloniale.


...POSTURE DE REVANCHE AUX CONSÉQUENCES INCALCULABLES 

Avec près de 5 000 ressortissants au Mali, la France a un maillon important pour peser sur  ce qui reste des relations bilatérales entre les deux pays. 

Avec des entrepreneurs, enseignants, médecins, humanitaires, techniciens, la France mise sur leur départ massif. Et si c'était le cas, la fermeture d’écoles et d’entreprises françaises, la suspension de nombreux projets de développement et une perte d’emplois pour des centaines de Maliens travaillant avec eux, tout ce cortège formera un cocktail explosif pour le Mali.

Le départ des Français pourrait également accentuer la précarité économique du pays et réduire les opportunités d’échanges culturels et scientifiques entre les deux pays.

Ce départ est-il une mesure de prudence, ou une manœuvre politique de représailles ?

Ce qui est certain même si les Français s’en vont, le Mali reste debout.


lafriqueenmarche du 10 novembre 2025 No 1042